Pour certainement justifier les monstres représentés et mieux restituer la démesure à l’écran, Gojira Mainasu Zero s’attache aux relations entre des personnages issus de différents milieux, sociaux et familiaux, évoque leurs crises et dilemmes intérieurs de manière à expliciter la valeur métaphorique de Godzilla, référé à un pays laissé pour mort qui tire sa survivance et son énergie d’une quête vengeresse que la morale heureusement déjoue – détruire son ennemi, n’est-ce pas s’abaisser à son niveau ? Le film surprend par sa critique de l’Amérique, jusqu’alors sous-jacente dans la saga, qui prend différentes formes : la satire via chewing-gum mâché frénétiquement, le brûlot polémique avec la répétition du traumatisme de Hiroshima, la réflexion scientifique permise par le biais de Murakami, déclinaison japonaise autour de la figure d’Oppenheimer.
Cet attachement aux personnages se voit néanmoins pris en charge par une réalisation impersonnelle et insignifiante, l’essentiel étant d’illustrer et d’émouvoir à l’aide de ficelles scénaristiques et d’artifices émotionnels – voir à ce titre la gamine braillarde, très mal interprétée au demeurant, dont les sanglots sont filmés en gros plans –, qui dénote avec la virtuosité des séquences d’action. La mutation Ghidorah constitue en cela le morceau de bravoure d’un divertissement solide mais longuet, qui aurait gagné à transposer la radicalité de son propos politique dans sa mise en scène.