En visionnant Golgotha, je me suis demandé si ce film n'avait pas fait partie des inspirations de Mel Gibson pour La Passion du Christ. Au-delà du fait que les deux films s'appuie sur les mêmes sources textuelles, le parti pris semble assez similaire. Mel Gibson avait dit s’être inspiré de la peinture religieuse, notamment Le Caravage, et il est possible que ce soit le cas pour Julien Duvivier également, avec l'exemple de la flagellation.
Ainsi, le cheminement, les figures secondaires privilégiées et les scènes marquantes sont souvent les mêmes, comme le reniement de Saint-Pierre par exemple, auquel répond le regard appuyé de Jésus.
Pour l'époque, Julien Duvivier va assez loin dans la radicalité. Sans fioriture, la violence, les humiliations et les bassesses sont montrées de façon très crues, parfois répugnante. On ressent une volonté de réalisme chez le metteur en scène ; ce qui est en cohérence avec sa mouvance.
Au casting, Robert Le Vigan est habité par son rôle ; il est à la fois détaché et majestueux, faisant parfaitement ressortir la dualité du personnage, à la fois dans le temporel et le spirituel. Malgré son accent parisien, Jean Gabin nous délivre une belle prestation en Ponce Pilate, tiraillé entre sa lâcheté et son ambition. Là encore, les scènes que ces deux personnages se partagent, préfigurent le film de Gibson.
La mise en scène est remarquable - bien aidée par les décors de Jean Perrier - et assez impressionnante pour l'époque, avec les scènes d’extérieurs tournées en Algérie. Grâce à son expérience du cinéma muet, le cinéaste parvient à rester captivant dans les passages sans dialogues.
On pourra seulement regretter un côté parfois un peu didactique qui rend certains moments un peu froids. C'est justement là où Mel Gibson ira beaucoup plus loin dans l'émotion véhiculée notamment par les comportements de chacun.
Un film à voir malgré le fait qu'il ne semble pas avoir une bonne réputation (de ce que j'ai pu lire), ce qui renforce le parallèle avec le film clivant qui viendra soixante-neuf ans plus tard.