Jacques Tati utilise la comédie et son personnage de Hulot pour se livrer à une critique percutante du modernisme de la société de consommation. La banlieue parisienne en mutation durant les trente glorieuses lui offre alors un terrain de jeu idéal.
Pour établir ce contraste, le cinéaste utilise un village amené à être reconstruit selon de nouveaux codes. Lui, comme son personnage, a clairement choisi son camp en préférant l'ancien monde dépeint comme plus démuni mais plus humain. A contrario, à l'extérieur du bourg, les constructions modernes poursuivent leur irrémédiable progression. Elles sont l'archétype du paraître, en étant faussement esthétiques et faussement pratiques avec leurs multiples gadgets. La fontaine grotesque en est le symbole puisqu'elle n'est activée que lorsque des invités sont de passage, dans le but d'impressionner. Il en va de même pour la la porte de garage dernier cri, qu'il faut absolument acquérir. La maison nouvelle fait clairement penser à l'architecture de Le Corbusier. Par opposition, la résidence de Hulot n'est pas du tout fonctionnelle ; il n'y a qu'à voir le cheminement pour y accéder... mais elle lui permet de croiser ses voisins.
Gérard le neveu, s'ennuie dans ce quartier auquel il préfère le vieux bourg où vit son oncle. La scène des enfants avec le vendeur de beignets ambulant est pleine d'humanité et d'innocence. C'est gras, calorique, sans hygiénisme (ce n'est rien de le dire !) mais les enfants, et surtout Gérard, en raffolent.
Jacques Tati fait également preuve d'une grande créativité dans sa mise en scène où chaque plan semble avoir été l'objet d'une recherche esthétique minutieuse.
Les situations comiques ne sont jamais hasardeuses et permettent également de se moquer d'une population qui veut absolument se conformer à la mode, laquelle tend à remplacer l'identité culturelle.
En visionnaire, Jacques Tati avait clairement cerné ce qui commençait à ronger les sociétés occidentales à travers un progrès qui pousse à acheter. On gagne en confort d'un côté, mais en sacrifiant peut-être une part de son âme de l'autre. Lorsque l'on voit les assistants virtuels qui pénètrent le quotidien dorénavant, il ne fait aucun doute que le cinéaste se serait délecté de cette fuite en avant dans la gadgetisation. Il avait tapé dans le mille, tout en étant encore loin du compte.