En tissant plusieurs récits, Matteo Garrone compose une fresque d’un réalisme foudroyant qui refuse tout commentaire explicite, préférant laisser les faits parler d’eux-mêmes. Par une approche documentaire (acteurs non professionnels, caméra à l’épaule, lumière naturelle) fictionnalisée, Gomorra dissèque de l’intérieur, presque viscéralement, les rouages de la Camorra, sans jamais céder au spectaculaire ni à la fascination. Si sa mise en scène conserve une véritable élégance plastique, dans ses cadres rigoureux comme dans ses contrastes, elle ne cherche jamais à esthétiser la violence, mais à lui donner toute sa sécheresse. Ici, chacun devient le dommage collatéral d’un autre, pris dans un système qui broie les individus et reproduit la violence avec une effrayante banalité. Tout semble gangrené, enfermé dans un engrenage dont personne ne peut s’extraire. Aucun mort héroïque, aucun survivant victorieux. Garrone filme un monde où l’on apprend à tuer de sang-froid avant même d’avoir conscience du monde qui nous entoure. Naples n’est plus un simple décor, mais un territoire hostile, ravagé par une violence sociale devenue organique ; un enfer à ciel ouvert où la fatalité semble contaminer chaque rue et chaque destin. En atteste le dernier plan glaçant.

Zimmerr
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