Projet alléchant en soi, le film s'avère au final être une resucée de "Un fauteuil pour deux" sans jamais vraiment l'admettre. Et en moins efficace.
Disons que l'élément qui le distingue fortement de "Un fauteuil pour deux", c'est cet ange. Et clairement l'écriture aurait dû être davantage axée sur lui : ses incertitudes, ses maladresses, sa découverte de l'humanité, peut-être aussi son regret à redevenir un ange et donc ne plus jamais pouvoir manger lorsqu'il redeviendra un ange (parce que c'est ce qu'on pense être le cas durant 99% du film). Je pense qu'il y avait vraiment de quoi faire un très beau film, en prenant une autre référence, "Les ailes du désir".
Et puis surtout, c'est une écriture de série. Le nombre de scène où les personnages sont juste en train d'expliquer ce qu'ils font, ce qu'ils vont faire. Sans même le moindre gag à l'horizon. Et puis les gags ne sont pas toujours efficaces. C'est touchant quand Keanu Reeves est à l'écran car il apporte une dynamique étrange (importée de Bill et Ted, bizarrement) au projet, il est touchant, mais pour le reste, quand Seth et Aziz se partagent l'écran, c'est assez plat, pas assez poussé. Et pas assez piquant, et ça c'est ma grande surprise en voyant ce film, critiquer le système, faire un film très à gauche, amis finalement, présenter un portrait si doux des riches (la pire chose qu'ils fassent, c'est de demander à des pauvres de faire la file pour eux, et c'est même pas présenté ainsi, on a l'impression qu'ils ne sont que deux ou trois à faire ça).
Faudra aussi qu'on m'expliquer le raisonnement de Seth Rogen qui a tourné le dos à son pote de toujours James Franco quand il a appris qu'il avait abusé de son rôle de prof pour draguer et sortir avec des élèves et Aziz qui a pris un 'non' pour un 'oui'. Certes elle n'était pas étudiante et il ne l'aurait fait qu'une fois, n'empêche, qu'il n' a pas vraiment hésité à participer à ce projet. Pourtant les deux se sont excusés et les proies de Franco avaient entre 17 et 34 ans (donc ça va encore, on peut pas parler de pédophilie). Je me demande du coup si officieusement il est toujours pote avec Franco ou s'il y avait d'autres soucis et que Rogen a profité de ça pour tirer un trait sur son amitié ou s'il est juste un faux cul du moment et genre si Aziz avait été davantage pointé du doigt, est-ce qu'il l'aurait abandonné aussi ? Soit.
La mise en scène est correcte ; rien de bien impressionnant, surtout de beaux décors. La qualité, c'est de montrer l'univers des gens qui ont du mal à s'en sortir, même s'ils sont encore trop propres et que ça aurait pu être plus immersif. Mais on sent tout de même une belle différence entre les petits espaces des pauvres (voiture, cuisine où on fait la plonge) et les grands espaces riches. Les acteurs forment un beau trio mais l'on appréciera surtout Keanu Reeves (qui a mis quelques scènes quand même à vraiment s'approprier le rôle - enfin je dis ça, mais j'ignore dans quel ordre ils ont tourné les scènes). La BO est correcte.
Bref, ça se regarde mais c'est décevant, ça ne va pas assez loin.