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Il y a des films qui filent à 200 kilomètres heures, qui nous conduisent à un point de non-retour, où chaque nouvelle scène nous apparaît dans sa nouveauté en même temps que dans sa profonde nécessité à l'échelle globale du film. Good time fait partie de ces films-là. Les Frères Safdie opèrent ici une fusion des styles des plus contradictoires : Cassavetes rencontre Gregg Araki tout en oubliant jamais de répondre aux attendus du film de genre. La caméra ne cessera jamais de rester au plus près des corps, épousant l'énergie démoniaque d'un Pattinson survitaminé. A ce style serré, renforcé par un découpage trépidant quasi épileptique, s'ajoute un art du tourbillon narratif qui nous fait quitter la trivialité du réel pour rejoindre les néons de la nuit sans obscurité. La couleur psychédélique est toujours traitée comme le contrepoids fantasmagorique et poétique d'un trop-plein de réel. De même, les mouvements de caméra aériens témoignent d'une gratuité de style, un maniérisme vertigineux qui n'est là que pour épouser la force motrice du personnage et repousser les lois de la gravité. Zoom violent, montage haché, nul doute que les frères Safdie reprennent la grammaire du cinéma des années 70, tout en la remotivant, la réactualisant dans un monde désormais conquis par l'artificialité. Les Safdie réveillent le terreau psychédélique, la profonde énergie démoniaque inhérente au monde d'aujourd'hui. Si la puissance formelle du film ne peut qu’impressionner, il ne faudrait pas omettre que Good time est un mélodrame bouleversant. La puissance de l'action n'est qu'une manière métaphorique et très physique de symboliser la puissance de l'amour qui anime Pattinson. Puissance irradiante qui se manifeste dès les premières minutes du film lorsque le personnage principal surgit tel un volcan sur le point de s'embraser.
S'il s'agit bien d'une histoire de fratrie, le frère handicapé n'apparaît qu'aux deux extrémités du film comme pour signifier le chemin parcouru par Pattinson durant cette heure et demie. Ainsi, les personnages rencontrés lors de cette nuit trépidante sont sans cesse contaminés par cette figure de la culpabilité, tout en mettant en lumière les difficultés relationnelles du personnage principal.
Courir, se démener, se débattre, n'est qu'une manière de dépenser une énergie, un trop plein de vie qui se fait le témoin d'un trop-plein d'amour, mais qui s'achève dans une forme de sur place énergivore.
En épousant les forces contraires de l'énergie de l'action et de la passivité relationnelle, Good time s'affirme comme un mélodrame d'action : la course à la mort est devenue une course à l'amour.
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Créée
le 28 mai 2017
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