6
le 13 sept. 2017
SuivreNight Fall
Alors que les festivaliers de Cannes commençaient à piquer du nez, l’ouverture de Good Time a soudain électrisé le Grand Théâtre Lumière. Après un prologue d’une belle singularité, focalisé sur les...
Il y a des films qui filent à 200 kilomètres heures, qui nous conduisent à un point de non-retour, où chaque nouvelle scène nous apparaît dans sa nouveauté en même temps que dans sa profonde nécessité à l'échelle globale du film. Good time fait partie de ces films-là. Les Frères Safdie opèrent ici une fusion des styles des plus contradictoires : Cassavetes rencontre Gregg Araki tout en oubliant jamais de répondre aux attendus du film de genre. La caméra ne cessera jamais de rester au plus près des corps, épousant l'énergie démoniaque d'un Pattinson survitaminé. A ce style serré, renforcé par un découpage trépidant quasi épileptique, s'ajoute un art du tourbillon narratif qui nous fait quitter la trivialité du réel pour rejoindre les néons de la nuit sans obscurité. La couleur psychédélique est toujours traitée comme le contrepoids fantasmagorique et poétique d'un trop-plein de réel. De même, les mouvements de caméra aériens témoignent d'une gratuité de style, un maniérisme vertigineux qui n'est là que pour épouser la force motrice du personnage et repousser les lois de la gravité. Zoom violent, montage haché, nul doute que les frères Safdie reprennent la grammaire du cinéma des années 70, tout en la remotivant, la réactualisant dans un monde désormais conquis par l'artificialité. Les Safdie réveillent le terreau psychédélique, la profonde énergie démoniaque inhérente au monde d'aujourd'hui. Si la puissance formelle du film ne peut qu’impressionner, il ne faudrait pas omettre que Good time est un mélodrame bouleversant. La puissance de l'action n'est qu'une manière métaphorique et très physique de symboliser la puissance de l'amour qui anime Pattinson. Puissance irradiante qui se manifeste dès les premières minutes du film lorsque le personnage principal surgit tel un volcan sur le point de s'embraser.
S'il s'agit bien d'une histoire de fratrie, le frère handicapé n'apparaît qu'aux deux extrémités du film comme pour signifier le chemin parcouru par Pattinson durant cette heure et demie. Ainsi, les personnages rencontrés lors de cette nuit trépidante sont sans cesse contaminés par cette figure de la culpabilité, tout en mettant en lumière les difficultés relationnelles du personnage principal.
Courir, se démener, se débattre, n'est qu'une manière de dépenser une énergie, un trop plein de vie qui se fait le témoin d'un trop-plein d'amour, mais qui s'achève dans une forme de sur place énergivore.
En épousant les forces contraires de l'énergie de l'action et de la passivité relationnelle, Good time s'affirme comme un mélodrame d'action : la course à la mort est devenue une course à l'amour.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2017 et Les meilleurs films de la décennie (2000-2010)
Créée
le 28 mai 2017
Critique lue 547 fois
6
le 13 sept. 2017
SuivreAlors que les festivaliers de Cannes commençaient à piquer du nez, l’ouverture de Good Time a soudain électrisé le Grand Théâtre Lumière. Après un prologue d’une belle singularité, focalisé sur les...
8
le 29 janv. 2018
SuivrePorté aux nues par la critique et le public lors de sa présentation à Cannes, puis ignoré par le jury, "Good Time" sembla de même engendrer plus de déception que d'enthousiasme chez les cinéphiles...
4
le 22 sept. 2017
SuivreDeux frères, un hold-up, une nuit. Et New York côté Queens, filmée comme dans les années 70, craspec et anonyme, sans un gramme de glamour. Ben et Joshua Safdie, jeunes pousses du cinéma indépendant...
9
le 13 juil. 2016
SuivreLe cinéma de Carpenter a toujours travaillé la figuration du mal. Comment représenter le mal à l'écran ? Dans Halloween, le mal s'incarne dans un corps, celui du serial killer. Pourtant, la mise en...
10
le 6 mai 2017
SuivreLes films de Sirk se déploient de la même façon que le théâtre de Racine: condensation de la forme et dilemme moral d'un personnage toujours en prise aux pressions de la société. La beauté du cinéma...
10
le 28 mai 2017
SuivreIl y a des films qui filent à 200 kilomètres heures, qui nous conduisent à un point de non-retour, où chaque nouvelle scène nous apparaît dans sa nouveauté en même temps que dans sa profonde...