Nick est handicapé et passif. Connie est dégourdie et révolté.
Deux personnages, au caractère opposé, exploités pour nous montrer la dualité au sein même du film. Le film s'ouvre sur une scène en gros plan de Nick, très puissante pour après le faire disparaître quasiment la totalité du film. Pourtant le film porte sur ce que son frère est prêt à faire pour le faire sortir de prison, ou même le faire évader. Allant d'échecs en échec, Connie transforme sa quête en une course contre la montre cinglante et remplie de péripéties avec des dénouements plus intriguants les uns que les autres. Pourtant Good Time, malgré son absence porte le poids d'un frère impuissant qui "attend" que son frère vienne le chercher. Connie absorbe dès lors une débrouillardise et une chance inouïe éphémère, prêt à tout pour l'amour fraternel voir peut-être plus. Car effectivement dans la bande-annonce "c'est mon destin qui se joue" résonne et résume une des intrigue même du scénario. Connie n'aurait-il pas envie de se battre pour lui autant que pour son frère ? En l'emmenant loin, il fuirait lui aussi l'écrasement de la ville et tous ses vices ? "Mon destin" est donc à lire dans son plurialisme ; c'est celui de Nick mais aussi de Connie ou peut-être tout simplement la fusion des deux. Car si Nick est différent, il n'en ressent pas la présence, c'est effectivement Connie qui porte le poids de la différence de son frère. Evitant de parler du handicap de son frère, Connie semble surtout vouloir échapper à la société, aux malfrats, à la drogue, aux flics : Good Time est donc une ode à la liberté et à l'évasion derrière la description d'une ville miteuse où chaque protagoniste semble vouloir tirer son épingle du jeu sans se soucier de l'éthique et du respect de l'autre (policier ; dealer; avocat).


Mais le coup de maître de Good Time est dans sa prouesse scénaristique et sa mise en scène ultra genrée pour dépeindre un sentiment d'enfermement dans de grands espaces. Le plus enfermé des deux, n'est donc décidément pas Nick, par sa différence, mais Connie par sa quête de vivre avec son frère normalement. La question vient se poser d'elle-même : Connie n'est-il pas le premier oppresseur de Nick ? A travers ce qu'il semble être de bons sentiments et un amour fraternel passionnel, Connie semble s'identifier à tel point qu'il finit par être handicapé lui-même, mais pas de la même manière que son frère car son handicap se révèle être celui de l'inadaptation sociale. Pourtant ce qui reste impressionnant avec le protagoniste de Connie, c'est ce que Robert Pattinson (son interprète) est capable d'en faire : une sorte de Robin des Bois ultra-chanceux qui ne voit jamais de problème mais que des solutions (ce qui effectivement nous fait relativiser sur le verre à moitié vide). Il serait maintenant incorrect, voire inconvenant de parler de ses débuts au cinéma : une chose est sûre Robert Pattinson a réussi à s'inscrire comme un acteur clé de l'ère du cinéma américain indépendant.


Good Time méritait décidément plus que ce qu'il n'a récolté (peut-être à l'image de Connie ?), car avec ce nouveau long-métrage, les frères Safdie ont réussi un coup de maître dans l'étouffement des personnages et une odyssée pop ultra rythmée.


Les Cinéphiles du Soir.

ManonLtdr
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le 20 sept. 2017

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