Ce film - qui tient les promesses de sa bande-annonce - est porté par la très remarquable et emblématique Lubna Azabal, actrice belge d'origine hispano-marocaine, qui nous avait déjà scotchés au fauteuil dans le terrible Incendies.
Cette fois-ci, elle compose un beau portrait de femme à la Almodovar (auquel N. Moknèche dédie plusieurs allusions).
Le film de Nadir Moknèche peut, et c'est à son avantage, être regardé comme un polar : beaucoup de scènes sont montées comme les films noirs du siècle dernier avec le cadavre dans le coffre de la bagnole, la femme fatale capable de faire tourner la tête aux hommes, des hommes prêts à commettre les pires bêtises, sachant très bien où elles vont les mener, où Elle va les mener.
L'autre intérêt de ce film, c'est qu'il nous prend systématiquement à contre-pied : Moknèche nous met en scène un Maroc gris, venté et boueux, une ‘héroïne’ qui exploite sans états d'âme des travailleurs noirs sans papiers, un cinéphile amateur de jeunes mâles, une bande de fricoteurs qui s'entendent pour barboter des œuvres archéologiques et un port de Tanger propice aux trafics en tous genres qui manifestement n'a rien d'une station balnéaire.
Bref, un Maroc que tout le monde essaie de fuir, depuis ces travailleurs blacks sans papier qui bossent (ou pire) pour amasser le petit pécule qui leur permettra la traversée, jusqu'à la belle Lubna Azabal qui manigance le kidnapping de son fils pour échapper à son riche et influent ex-mari. Personne n'a donc le beau rôle, même pas Tanger ou le Maroc.
Le film est habilement monté par flash-backs successifs qui nous baladent entre les quelques jours, ou plutôt les quelques nuits, qui ont vu le drame se nouer et cette superposition de temps s'ajoute aux différentes couches narratives : le chantier et le trafic archéologique, la mère et l'enlèvement de l'enfant, le cinéphile amateur de jeunes blacks, le triangle amoureux avec la femme, le chauffeur marocain(4) et l'amant serbo-croate, le drame meurtrier de la nuit fatale, ... peu à peu, on entre dans la complexité de toute cette histoire et on se laisse prendre par la spirale infernale, sachant que tout cela ne peut évidemment que mal finir évidemment, sachant que tout cela a évidemment déjà mal fini.
Avec le savant équilibre de tous ces niveaux de lecture, Nadir Moknèche nous compose une belle surprise cinéma.
Petit clin d'oeil à nos ami(e)s lyonnais(es) : le musée de Tanger du film n'est autre que le musée gallo-romain de Fourvière.
BMR
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le 27 mars 2014

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Bruno Menetrier

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