François Ozon signe là un film très courageux. Centré sur l'affaire Barbarin & Preynat, et sorti en février 2019, soit juste avant que la justice ne délibère sur ces faits. Officiellement c'est une "fiction basée sur des faits réels", les noms des victimes ont été modifiés... mais pas ceux des accusés ! Ni les lieux, le tournage ayant été effectué en bonne partie sur Lyon.
On évoque donc le prêtre Bernard Preynat, prédateur sexuel ayant abusé de nombreux enfants scouts dans les années 70 à 90. Un jour, Alexandre, une de ses anciennes victimes, est médusé en découvrant que le prêtre est revenu aux alentours de Lyon, et est toujours au contact d'enfants de chœur. Alexandre va se battre pour fait inculper Preynat, et tenter de secouer le système ecclésiastique. Dont le cardinal Barbarin, qui n'aurait pas efficacement écarté le père Preynat. Alexandre soulèvera aussi d'autres victimes désormais adultes.
Le sujet fait penser à "Spotlight" (malheureusement lui-aussi tirée d'une histoire vraie), mais le traitement est très différent. Ici, pas d'enquête journalistique, et la police est au second plan. Ce qui intéresse le réalisateur, c'est le parcours des victimes. Leur profil, la façon dont ils ont encaissés ces abus, leur reconstruction (ou pas). Dont en particulier 3, interprétées par d'excellent acteurs.
Alexandre (Melvil Poupaud), cadre à la vie aisée, bon catholique et père de 5 enfants. En paix avec lui-même, mais énervé que l'Eglise n'ait pas écarté définitivement Preynat. François (Denis Ménochet), qui au départ ne veut plus entendre parler de tout ça... puis se rend compte que le prêtre est toujours dans la circulation. Une colère montera, qui le fera partir en croisade contre tout le système. Emmanuel (Swann Arlaud), mal dans sa peau et marqué physiquement et psychologiquement, qui va tenter de se reconstruire dans cette quête pour la reconnaissance et la vérité.
Au-delà de leur profilage psychologique, François Ozon dévoile les réactions de leur entourage. Des parents se sentant coupables, qui vont les soutenir. Des victimes d'autres abus qui vont les appuyer. Mais aussi tous ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils remuent le passé ! Et malheureusement c'est très crédible à l'écran.
Le film est long (plus de 2h) et c'est un peu son seul défaut, avec un caractère parfois un peu répétitif (dont ces correspondances clamées en voix-off). Mais on sent une précision millimétrée dans le récit - pas étonnant car le projet initial était un documentaire. Avec toutefois beaucoup d'émotions et des scènes (parfois surréalistes !) qui prennent aux tripes, dans une image souvent froide et hivernale.
Le jonglage entre les protagonistes ne sera pas du goût de tous, personnellement je trouve que cela permet au film de monter en puissance et de gagner en complexité au fur et à mesure que l'affaire s'emballe. D'autant que le scénario a l'intelligence de ne pas afficher les antagonistes de manière primaire. Notamment le père Preynat, conscient de ses actes, qui les regrette tout en minimisant la douleur qu'il a causé.
Pour l'anecdote, des recours seront effectué contre le film, dont un de Bernard Preynat, afin de repousser sa sortie. Mais ils échoueront, permettant à "Grâce à Dieu" de participer au débat autour de ces affaires.