Pour Grand Jeté, Isabelle Stever a eu un mal fou à financer cette histoire qui touche à un tabou presque ultime, en tous cas très difficile à aborder sans l'expurger de toute morale. C'est pourtant ce que tente de faire la réalisatrice allemande, en effaçant volontairement toute explication concernant les actes déviants de ses deux protagonistes. La mère et le fils, qui n'ont jamais vécu ensemble et se découvrent, sont tous les deux obsédés et dépendants de leur corps. Elle, ballerine dont l'heure de gloire est passée, devenue une professeure austère ; lui, adolescent, fier de son physique, dont on ne saura rien du quotidien ni de ses fréquentations. C'est un intime corps-à-corps qui se joue, avec peu de dialogues et une poignée de scènes dérangeantes et d'autres sans véritable enjeu. La mise en scène de Grand Jeté se distingue par une afféterie particulière, cherchant constamment l'angle de prise de vue le moins évident, tout en exagérant le nombre de très gros plans. La froideur de l'ensemble est voulue, rejetant toute amorce de psychologie et, par conséquent, de jugement. Pas un gramme d'empathie n'est suscité, jusqu'à une ultime provocation. Difficile de résister à la tentation de s'éloigner de cette œuvre perturbante qui a pour caractéristique première de ne faire aucune concession à la normalité.