A voir actuellement sur ARTE CINEMA (Youtube)

🔴 Me retrouver sur https://www.youtube.com/channel/UCwnp9KZCW3j6S_JEko5hxSg


Vent brut. Air salé qui brûle le front. Sur le pont du Rebel, le métal suinte, la corde colle, les bottes frappent la tôle. Lili s’avance — petite silhouette prise dans le gris, moineau contre la mer. Première image, déjà : son visage contre le vent, paupières serrées, souffle court. Rien d’héroïque. Un corps qui tient. Comme ça. Drukarova filme l’apprentissage dans la matière. Pas de discours, pas de posture. Juste des gestes. Attraper, hisser, trier, rincer. Les mains tremblent un peu au début — puis se durcissent. On entend le moteur vibrer sous les pieds. Odeur d’huile, de poisson, de laine mouillée. Et cette lumière qui n’embrasse jamais vraiment : elle racle, elle expose, elle juge. L’équipage regarde Lili comme la mer regarde un bateau trop léger : méfiance, curiosité sèche. Sam Louwyck, capitaine massif, ne promet rien. Regard oblique, parole rare. Ce qui se joue là tient dans les silences : quand elle manque de glisser, quand il détourne les yeux pour ne pas l’aider trop vite. La confiance, ici, n’est pas dite ; elle s’arrache par frictions. Le montage avance comme la houle : régulier, puis une secousse. Ellipse. Nuit. Gros plan sur des doigts rouges, entaillés. Une mèche collée à la tempe. Lili ne devient pas “marin” — elle tient, insiste, s’use. On pense à Leviathan pour l’organicité, à Capitaine Conan pour la chair têtue du courage. Mais Grand Marin préfère l’antithèse du mythe : le rêve n’est pas ouverture, il est abrasion. Par moments, le film respire trop, flotte — la mer devient décor, moins adversaire. Une musique affleure, un peu illustrative. Minuscule faiblesse. Puis ça replonge : une vague, un cri, la lumière du matin sur des corps épuisés. Drukarova sait revenir au concret, au froid qui mord, au ciel qui refuse d’être beau. Et cette fin, presque discrète : Lili seule, dos courbé, mains posées sur le bastingage. Pas de conquête, pas de certitude. Une place gagnée par épuisement, par entêtement. Étincelle sobre, fragile. Comme si la liberté n’était jamais un horizon, mais une surface qu’on racle, encore, encore. Note : 14 / 20


🔴 https://www.youtube.com/playlist?list=PL20YyCbDV6ECMvmhSuCu8WtMbVtItUgMD

Le-General
7
Écrit par

Créée

le 7 nov. 2025

Critique lue 4 fois

Le-Général

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Grand Marin

Grand Marin

Grand Marin

8

constancepillerault

2452 critiques

Critique de Grand Marin par constancepillerault

Premier film réalisé par l'actrice Dinara Droukarova , qui tient aussi le rôle principal. Une très bonne découverte. Le regard porté sur la pêche en mer est quasi documentaire, et la part...

le 17 janv. 2023

Grand Marin

Grand Marin

8

mermed

478 critiques

Une femme libre

"Je veux un bateau pour m'adopter". Elle traine dans un port de pêche (c'est dans les fjords de l'est, à Seyðisfjörður)en Islande avec un sac à dos et un tout petit peu d'argent en poche, cette...

le 18 févr. 2023

Grand Marin

Grand Marin

6

Selenie

4723 critiques

Critique de Grand Marin par Selenie

Le film débute avec une énigme : pourquoi et comment une femme changent-elle de vie radicalement, et surtout pourquoi et comment a-t-elle choisi la pêche et l'Islande pour son exil ?! Un monde que la...

le 13 janv. 2023

Du même critique

Juste une illusion

Juste une illusion

7

Le-General

558 critiques

Ce film va te ramener directement en 1985 (et ça fait bizarre)

Il y a des périodes qui ne s’oublient pas. Pas parce qu’elles étaient belles. Mais parce qu’elles étaient floues. Juste une illusion, c’est exactement ça. Un souvenir qui tremble. Nous sommes en...

le 15 avr. 2026

Babygirl

Babygirl

3

Le-General

558 critiques

Cette obsession à vouloir faire du désir féminin une grande déclaration ...

_____Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes: https://youtu.be/sSVYyyi2ZPU👉 Et s'abonner à cette chaîne Youtube où je publie régulièrement ces articles, pour n'en rater aucun ! ...

le 17 mars 2025