Une fois de plus, il s'agit plus d'un recueil de quelques pensées que d'une véritable critique.
Comme d'autres l'ont déjà dit (https://www.senscritique.com/film/grave/critique/127108002 par exemple) inutile de s'étaler plus longuement sur certains aspects. Notamment sur les diverses inspirations de la réalisatrice : l'aspect organique de Cronenberg, la transition de l'enfance/adolescence au monde des adultes de De Palma dans Carrie. Inutile d'en dire plus également sur ces nombreuses scènes dérangeantes, ainsi que sur l'atmosphère anxiogène (issue en partie du bizutage) qui règne dans cette école véto.
En revanche, et je ne crois pas avoir lu ailleurs (n'ayant parcouru qu'un nombre limité de critiques, j'espère ne pas commettre d'impairs), j'ai l'impression que l'aspect cannibale de l'histoire et certains passages sont à rapprocher de Roméro, ses zombies et la norme (pression) sociale. Peut-être que j'enfonce des portes ouvertes mais je vais tout de même m'essayer à noter ce que le film m'a évoqué à ce sujet.
Ce questionnement de la normalité dans une société (ici, l'école véto) m'est apparu lors d'une scène : lorsque Justine avoue, face à l'infirmière, qu'elle se situe dans la moyenne. Ses différences (être végé, sa pilosité, ses vêtements par exemples) semblent s'effacer petit à petit pour lui permettre de rentrer dans la norme dominante (bouffer de la viande car tout le monde le fait), accepter (de force, par la pression sociale) ces bizutages humiliants et traumatisants car c'est la tradition. Justine fini par devenir un zombie (en rentrant dans le moule, en acceptant de faire partie d'un groupe), c'est aussi le cas des autres étudiants (comme cela peut être visible, par exemple, lorsqu'ils sortent tous de l'école, emmitouflés dans leurs couettes, titubants, encore torchés de la veille). J'ai l'impression que ceci s'observe également chez Adrien qui "oublie" son homosexualité, le temps d'une relation sexuelle, sans trop savoir pourquoi ("ça fait 20 ans que je suis homosexuel"). Ces observations illustrent, à mon sens, le renoncement des individualités pour faire partie d'un groupe homogène. Ce parallèle semble toutefois ne pas aller beaucoup plus loin (limitant sûrement la pertinence de mon propos) puisque ces renoncements poussent les deux sœurs à finalement s'extraire du groupe en devenant trop radicales dans leurs transformations.
J'ai cependant la sensation que cette thématique fini par être trop diluée parmi toutes les choses que le film aborde. J'ai eu l'impression que le film voulait raconter plein de trucs (et cette envie est louable) mais avait du mal à se canaliser. Ceci permettant d'une part des excès dérangeants mais pouvant aussi donner l'impression, à certains moments, que la narration tournait un peu à vide sans réussir complétement à décoller et à s'emparer d'une de ses thématiques pour l'approfondir. Mais tout ces bémols ont déjà été abordés à d'autres endroits (https://www.senscritique.com/film/grave/critique/123031990 ou https://www.senscritique.com/film/grave/critique/123401150). Inutile de répéter ce que d'autres ont déjà dit.
Quoiqu'il en soit, pour un premier film, la réalisatrice a beaucoup d'audace et je suis curieux de voir la suite de sa carrière.