Un film qui ne jouit pas d'une très bonne réputation. De ce fait, j'y allais un peu à reculons, ayant du mal à imaginer Gérard Depardieu dans l'univers, tantôt onirique, tantôt romantique (tantôt les deux) de Peter Weir. C'est finalement une excellente surprise pour cette comédie romantique pas comme les autres.
Il est possible que certains aient pu être déroutés car, malgré le sujet, il ne s'agit pas d'un film engagé sur la question de l'immigration. En effet, ce contexte n'est qu'un prétexte pour introduire un archétype français dans la bourgeoisie de gauche new-yorkaise (que l'on pourrait décliner dans toutes les grandes métropoles occidentales). Ce personnage outrancier permet même au réalisateur de moquer une société bien-pensante et parfois moralisatrice. On se retrouve presque dans une fable où le rustre éclaire le monde qui l'entoure. Ce parti-pris est assez original et à contre-courant dans le cinéma en général. Cela donne des scènes assez drôles comme la différence de conception de la botanique entre les deux principaux protagonistes. Pour Georges, le jardin n'est utile que pour manger. Par ailleurs, aborder le végétarisme en 1990 est assez précurseur.
Peter Weir écrit donc un personnage sur mesure pour Gérard Depardieu, lequel n'a pas vraiment besoin de forcer son talent, tant Georges semble être lui-même. Une brute qui dévore la vie (français caricatural, encore que...), mais qui cache une grande sensibilité. Cela rappellerait Archimède le Clochard. La scène du piano est significative, où l'on passe du pur comique à la surprise. Il est français dans le film, mais aurait très bien pu être un "redneck" américain.
Dans son registre, Andie MacDowell parvient à lui tenir la dragée haute, avec sa sensibilité et son regard désarmant. Ce n'est pas son rôle le plus connu mais je le trouve plus intéressant que son personnage monolithique de Quatre mariages et un enterrement. Elle est touchante dans son interprétation de Bronte, cette femme, qui va se remettre en question et aller au-delà de ses préjugés.
Ce n'est pas un hasard si Peter Weir est à la manœuvre. Bien trop sous-estimé par rapport aux cinéastes de sa génération, auxquels il n'a rien à envier. Comme dans nombre de ses films, il n'a pas son pareil pour filmer la sensibilité et les interactions humaines parfois complexes. Il restera peut-être comme le cinéaste de la sensibilité en définitive. À l'instar de Witness, ce sont deux mondes qui s'affrontent mais cette fois dans la comédie romantique. Le passage citant Carl Jung est assez évocateur pour ce réalisateur qui doit certainement s'interroger sur la dualité entre mondes matériel et conscientisé, que l'on retrouve dans plusieurs de ses films.
L'ensemble est accompagné d'une très belle bande originale de Hans Zimmer, discrète et marquante à la fois, et qui colle bien aux différentes scènes.
De prime abord, il pouvait s'agir d'une comédie romantique lambda, mais Peter Weir va plus loin que cette première grille de lecture, aidé en cela par deux excellents interprètes. Le reste du casting, notamment Bebe Neuwirth est très bon également. On pourra peut-être reprocher le coté "français" un peu forcé, notamment pour la consommation de vin, mais rien de rédhibitoire, et cela sert le coté comique du film. Aussi, la fin vire peut-être vers un sentimentalisme un peu trop expressif qui tranche avec la retenue habituelle de Peter Weir, notamment dans le reste de ce film, mais l'ensemble emporte l'adhésion.