La première séquence survient tel un coup de massue : un jeune homme frappe de grands coups sur une batterie improvisée à l’aide de bidons, et sa musique brutale rythme l’achat de roses, rouges et blanches. D’emblée s’observe un décalage entre deux contraires que le film se plaît pourtant à assembler, puisqu’à la batterie urbaine succède Mozart et son concerto pour clarinette quand vient la visite d’un appartement situé tout en haut, loin du tout en bas où s’agitait le jeune musicien noir. Le mariage blanc ne constitue pas une finalité en soi, immédiatement représenté et expédié ; il constitue le point de départ d’une satire des injonctions posant sur le couple moderne, contraignant l’homme et la femme à s’inventer une complicité au moyen de photos (ski, danse, vacances, jungle, petits travaux domestiques…), ces mêmes photos que doivent avoir tous les couples ! Voilà donc une romance à l’envers, vue et déconstruite par un cinéaste australien soucieux de se saisir du genre de la comédie romantique comme d’un support au dynamitage de ses conventions et comme célébration de l’amour libre, au-delà des frontières et des contrôles qui ne sauraient circonscrire, par questionnaires interposés, des sentiments.
Peter Weir manie un humour tour à tour subtil et lourdingue, mimétique de la domestication progressive et balbutiante de Georges et de Brontë que retranscrit musicalement la partition de Hans Zimmer – elle ne commence d’ailleurs que lorsque les deux personnages vivent ensemble – ; il fait du premier un marginal fumeur de Gitanes et mangeur de viandes, picoleur de bons vins et compositeur à l’occasion, incarnation de l’esprit français tel qu’il est perçu aux États-Unis, de la seconde une femme engagée pour la communauté dans la défense de l’environnement, picoreuse de graines et amatrice de jardins d’hiver orné de plantes. Son approche de la comédie emprunte à la grande tradition européenne, italienne et française notamment, s’attachant à une situation de jeu de rôles pour ensuite en tirer des quiproquos délicieux.
La conquête progressive de sentiments véritables à partir d’une fiction que les deux parties ne cessent de développer, de complexifier jusqu’à l’outrance, rappelle l’intérêt que porte le cinéaste aux relations entre vrai et faux – il réalisera quelques années plus tard The Truman Show (1998) – entendues comme choc des contraires : planter des arbres en plein New York pour régler sinon alléger le « chaos » ambiant, transposer l’Afrique des safaris imaginaires dans un appartement à géométrie variable, réservoir inépuisable d’histoires à s’inventer, concevoir enfin l’alliance véritable et profonde, non superficielle, de deux milieux sociaux antagonistes qu’épient ordre et morale – incarnés par la vieille voisine, prête à tout pour empêcher l’ascenseur social de fonctionner telle l’universitaire égarée de The Plumber (Peter Weir, 1979).
Un acte de foi dans les pouvoirs de la fiction, un acte de résistance contre toute entreprise de codification bureaucratique et étatique du cœur humain. Une œuvre sublime qu’incarnent deux excellents acteurs.