La vie privée de Moon-Jung est tout entière consacrée aux autres. Professionnellement elle est l'aide-soignante à domicile d'un couple de personnes âgées. Si l'homme, aveugle, est particulièrement doux et plaisant, son épouse atteinte d'alzheimer est méchante et constamment agressive vis-à-vis de Moon-Jung (elle la frappe ou lui crache dessus). Sur le plan personnel, la jeune femme rend régulièrement visite à son fils, pas très causant ni chaleureux qui séjourne dans une sorte de maison de redressement. Elle retrouve également sa mère hospitalisée et très mal en point. Dans ce quotidien plus que morose Moon-Jung fréquente un centre de partage de la parole où elle fait la connaissance d'une jeune fille pas mieux lotie qu'elle. Quant à son logement, en attente de pouvoir s'offrir mieux, elle occupe une espèce de hangar voué à la destruction.

Vous l'avez compris, tout est sinistre et la première partie du film décrit le quotidien harassant, peu réjouissant en encore moins valorisant de la jeune femme mais aussi la place occupée par les personnes vieillissantes tentées par le suicide voire mourantes dans la société coréenne (est-elle si différente de la nôtre ?). Puis survient un dramatique accident qui remet toute cette routine en question et oblige Moon-Jung à prendre des décisions à la fois surprenantes et radicales.

On comprend alors que toute cette première partie n'était là que pour mettre en place une sorte de thriller domestique où vont désormais s'enchaîner toute une cascade de rebondissements par toujours réalistes certes mais qui maintiennent l'attention avec une seule question en tête : comment Moon-Jung, coupable de rien, va-t-elle se sortir de cet imbroglio ?

Le monde là-bas comme ailleurs est sombre même sous le regard d'une toute jeune réalisatrice de trente ans dont c'est le premier film. La finesse psychologique qu'elle développe autour de son personnage principal magnifiquement incarné est implacable. Comment une femme ordinaire, douce et bienveillante peut se transformer en monstre froid et calculateur ? La faute à la société qui délaisse les plus faibles semble nous dire la réalisatrice.

J'ai trouvé la fin, très réussie, glaçante quoique très radicale...

LaRouteDuCinema
7
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le 31 mai 2024

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