On dirait un peu ton pote qui te raconte une histoire et qui, au début, est hyper emballé et puis, d’un coup, ne sait plus trop ce qu’il raconte alors il te parle de ses vacances, brode deux trois conneries et finit par te regarder avec un air désespéré pour que tu l’aides à raconter la fin. Sauf que toi, t’en sais rien, puisque t’as pas vu le film. Ground Zero, c’est un peu ça. Ça démarre pas trop mal sur une sombre intrigue politique s’enracinant dans une histoire vraie : la commission d’enquête que l’Australie à menée vis-à-vis des essais nucléaires conduits par l’Angleterre sur son territoire durant les années 50. Ces explosions atomiques, et les retombées désastreuses qu’elles purent avoir notamment sur les populations aborigènes, étaient restées secrètes pendant des décennies et l’Australie cherchait à sortir de son statut de colonie en allant remuer la merde de sa Majesté. L’enquête a pris place en 1984 et a rendu ses conclusions l’année suivante. Sans grande surprise, on confirma que ces tests avaient été conduits sans prendre de précaution et au mépris le plus total des conséquences sanitaires et sociales, condamnant des populations entières ainsi qu’une bonne partie des soldats et des scientifiques qui y participèrent. Le film de Bruce Myles et Michael Pattinson choisit de traiter ce sujet par la fiction et le thriller politique, greffant aux faits réels l’histoire de ce cameraman en possession de bobines de film familiaux qui révéleraient des choses édifiantes et héritées de son père qu’il découvrira avoir été assassiné à l’époque. Pris entre les agissements douteux des services secrets britanniques et australiens, le pauvre cameraman doit courir un peu partout et va se retrouver à Coober Pedy, où il va croiser ce bon vieux Donald Pleasance, le temps d’une séquence très Mad Max où l’on visite les lieux de tournage du troisième film de la saga et où prendra place une dynamique poursuite shootée par David Eggby, le chef op du premier. Le problème c’est qu’en chemin, on a perdu le fil, et les enjeux autour de la bobine de film manquante que se disputent tout le casting deviennent un brin fumeux, jusqu’à un final où l’on découvre, moyennement surpris, ce que l’on pensait déjà savoir depuis un bon moment…
Alors, tout ça reste plutôt sympathique à suivre et c’est plutôt bien ficelé et interprété : Colin Friels assure et l’impayable Jack Thompson est parfait en chef des services secrets australiens. À leurs côtés, le roublard Donald Pleasance permet de secouer un petit ventre mou en seconde partie. Au final, la balade est plutôt agréable mais il y a clairement un gros mou dans le script, ce qui est fâcheux car le film, son sujet et son engagement sincère méritaient nettement mieux.