Le cinéma luxembourgeois ne court pas les rues et encore moins sur nos écrans. Gutland, sélectionné pour représenter son pays à l'Oscar du meilleur film étranger, est donc une curiosité. Cependant, d'emblée, nous sommes en terrain connu : c'est l'éternel histoire de l'étranger, qui a des choses à cacher, qui débarque dans une communauté soudée et hermétique, constituée d'individus frustes et peu amènes. Nul doute que l'intégration sera longue et ardue et le film s'attache à cet aspect dans sa première partie, lente mais soucieuse de créer une véritable atmosphère dans une campagne verdoyante. Peu à peu, Gutland se débarrasse de ses habits de chronique rurale pour revêtir ceux d'un conte noir qui flirte avec le fantastique. La mutation n'est pas totalement réussie, faute d'un scénario suffisamment construit qui garde de nombreuses zones d'ombre et semble se précipiter vers un dénouement sardonique au sous-texte politique et social évident. Le film laisse un goût de frustration (un peu d'humour et d'approfondissement psychologique n'auraient pas fait de mal) malgré une interprétation probante et une poignée de scènes à la limite du sordide mais maîtrisées.