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Be brave
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le 12 oct. 2025
Prenez deux zestes de tragédie shakespearienne, un flacon d'émotion de synthèse, saupoudrez de larmes de Paul Mescal et servez sur un lit d’académisme surgelé. Et vous obtenez : une indigestion cinématographique.
Voilà une critique 100% sérieuse, 100% bonne foi, 100% sel de Guérande (lol).
On dira de Hamnet que c’est un « film à Oscars » ; je trouve pour ma part qu’il est surtout d’un académisme confondant. Entre les grandes lignes de l’histoire et le traitement des thématiques, tout est du vu et revu. Le film répond si ostensiblement à un cahier des charges que le résultat en devient une œuvre sans âme.
Alors certes, c’est visuellement réussi et flatteur pour la rétine, mais mon visionnage a surtout été marqué par un ennui poli. Le rythme particulier, avec notamment des ellipses taillées à la serpe, fait que je ne crois à presque rien dans Hamnet. Cela commence dès l’histoire d’amour entre les deux protagonistes et se poursuit tout au long du récit.
Côté casting, Jessie Buckley livre une prestation honorable, bien que trop scolaire à mon goût. Quant à Paul Mescal, ce n’est vraiment pas brillant, ce qui finit d’achever la crédibilité de son personnage. En fin de compte, l’alchimie du couple brille par son absence. Mention spéciale, tout de même, aux trois enfants qui s'en sortent avec brio.
Mais là où le film m’indispose le plus, c’est dans son traitement du tragique. Chloé Zhao filme la douleur de manière si ostentatoire que cela en devient presque risible. À cette mise en scène s’ajoute une explicitation verbale de la souffrance qui rend le visionnage particulièrement agaçant. J'ai eu la désagréable sensation que le film me dictait ma conduite en permanence : "pleure", "c’est maintenant qu’il faut pleurer", "là, tu verses ta larme, non ?", "si tu ne pleures pas, c'est que tu n’as pas de cœur".
Soyons sérieux : le pathos manque cruellement de subtilité. Et pourtant, je n’y suis pas allergique, étant moi-même friand du cinéma d’Aronofsky pourtant peu avare en la matière. Mais ici, rien à faire : la mayonnaise ne prend pas.
L’exemple le plus caractéristique de ce dysfonctionnement global reste la scène où William, hésitant à se suicider en se jetant d’un pont, accouche de la fameuse tirade d’Hamlet : « Être ou ne pas être, telle est la question. » Franchement, j’ai gloussé de malaise comme si j’étais devant un épisode de Striptease.
La réalisatrice essaie d'aborder un grand nombre de thématiques, mais aucune n’est finalement creusée, à l'exception du deuil de l’enfant. Pourtant, un propos intéressant semblait se dessiner sur le féminin, le social, le mystique ou encore le couple. Mais non : nous, simples spectateurs, n’aurons droit qu’à des cacahuètes.
Enfin, la dernière séquence du film, lors de la représentation d’Hamlet, est assurément la plus forte et la plus intéressante. Toutefois, je la trouve COMPLÈTEMENT gâchée par un choix musical qui dénote une paresse flagrante et, encore une fois, le respect d’un cahier des charges. En effet, au moment le plus émouvant et cathartique de la scène, j’entends les premières notes de On The Nature of Daylight de Max Richter. Et là, dans un soupir, je sors irrémédiablement du moment.
Entendons-nous bien, j’apprécie l’artiste et le morceau, mais ce dernier a été plus qu’essoré à travers les années. Nous aurions dû avoir droit à une belle composition originale. Mais non : là, on est en mode "edit TikTok émotions", c’est pathétique. Je trouve ce choix profondément vulgaire.
Je suis déçu, car j’avais découvert Chloé Zhao avec le bon et très intéressant The Rider, avant de trouver Nomadland assez moyen (évidemment je n'ai pas vu Les Éternels : je n'ai plus 15 ans et j'ai passé l'âge de perdre mon temps chez Marvel).
Je suis déçu également que ce film suscite un engouement si démesuré, bien que je comprenne qu’il puisse toucher le quidam (en mode Le Mépris, t’as capté). J’espère que cette artificialité émotionnelle ne remportera pas trop de récompenses car d’autres œuvres, bien plus authentiques et singulières, le méritent davantage.
Créée
le 6 févr. 2026
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