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Une vision lointaine, fugace, une attraction instantanée.
Des caresses timides et de suite un baiser.
Par sa déconstruction de la romance fragile et lechée qu'aurait pu d'emblée faire croire sa promotion, le film assume dès ses premiers instants de déjouer les codes et d'imposer un rythme qui, une paradoxalement flottante rapidité et un art frustrant de l'ellipse, va à l'encontre de la traditionnelle romance en costumes, où faire la cour est le sujet et embrasser l'objet. Chloe Zaho vise en effet bien autre chose.
Le film s'engouffre alors dans d'audacieux chemins de traverse, perdant le spectateur dans une forêt vivante, comme habitée par des esprits inconnus qui planent sur les vies, pour les étreindre autant que les menacer.
Hamnet se révèle progressivement comme un film de l'intime et non de la démonstration, malgré quelques effets d'images forcés. Un film sur l'élan vital, où tout n'est que souffle, pulsions de vie et dangers de mort. Où l'humanité porte en elle sa grandeur et son animalité, réduite à accepter humblement le destin d'une nature qui fait souffrir, hurler, trembler, qui enlève les êtres chers mais émerveille souvent par sa bonté. Dans sa partie centrale Hamnet devient un film certainement dur, évoquant sans détour la tragédie de la perte d'un enfant, pleinement incarnée par la douleur vive, tout en râles, spasmes de Jessie Buckley, impressionnante en figure maternelle et mariale dont le corps se tord de chagrin.
Dommage alors que dans ses ultimes séquences, le film révèle (à qui ne l'aurait pas deviné) son véritable sujet, finalement bien secondaire : la création, née d'un terrible deuil, de l'une des plus importantes œuvres de l'histoire de l'humanité, la catharsis collective, par la fiction et le jeu, des peines que la vie seule ne parvient à dissiper. En comparant les expériences du deuil d'une mère dévouée et d'un père artiste, le récit finit par se focaliser sur l'écrivain, donc sur l'homme et sa lâcheté excusée par son génie. Il perd ainsi la finesse de son regard féministe, reléguant son héroïne au statut certes de mère, mais aussi de "femme de".
Et si la scène finale qui nous plonge dans une création shakespearienne d'il y a plus de quatre siècles à quelque chose d'impressionnant, on ne nous enlèvera pas une certaine amertume à voir la sincérité de la douleur face à la mort, l'errance et la perte de sens qu'elle provoque, passer derrière une énième démonstration, dans un classique deus ex machina, de l'art et de la création comme ultimes moyens d'affronter l'adieu.
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Créée
le 26 févr. 2026
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