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Be brave
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le 12 oct. 2025
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Avant d'aller voir un film, j'aime bien en savoir le minimum possible quand sur le papier le projet pourrait m'intéresser. En l'occurrence, je n'avais vu avant de parcourir ce Hamnet guère que son intitulé SC et la BA en salle devant laquelle j'avais toujours mes écouteurs et que je n'ai pas regardée.
Je pensais qu'il s'agissait d'un film réfléchissant à la création de la Hamlet de Shakespeare, au sens large. Structurellement, le film est en réalité un biopic, qu'il soit romantisé important peu dans sa catégorie générique, d'Agnès Shakespeare, et donc un projet fondamentalement bien plus balisé dans sa construction que ce à quoi on pouvait s'attendre. Des échos çà et là me faisaient confusément espérer avoir affaire à un film sur la création, on a concrètement l'équivalent de n'importe quelle daube à oscar du point de vue de l'ambition narrative. Ce n'est pas ma foi bien grave, je ne vais pas au ciné pour l'histoire, et la performance exceptionnelle de Jessie Buckely fait largement passer la pilule de cet aspect, mais peut-être que le savoir ne m'aurait pas fait me précipiter en salle semaine une.
Ce détail mineur étant posé, je vois dans Hamnet deux films et les deux m'ont déplu pour des raisons différentes.
La première heure quarante environ du métrage a été une souffrance allant crescendo. On ne va suivre dans cette partie à peu près que la vie d'Agnès, dans une volonté tangible de refuser d'aborder la vie du Barde qui va passer par une occultation totale de son nom (je crois qu'on ne prononce les mots "William Shakespeare" qu'au bout de quatre-vingt dix minutes, quelque chose comme ça) et par un refus quasiment généralisé de représenter Londres et la vie artistique du dramaturge éloigné de sa campagne. Le film prend ainsi plaisir à installer un sentiment temporel d'inconfort, puisqu'on est baladé entre la perception d'une campagne qui ne bouge pas et d'ellipses qui occultent tout ce qu'une vie romantique de Shakespeare pourrait vouloir exalter (l'arrivé dans le monde du théâtre, l'écriture, l'ouverture à la comédie, la progression dans la société londonienne etc). Je n'ai rien contre ce choix puisqu'il me plaît par sa radicalité mais le souci c'est qu'on doit parcourir à la place une succession de plans fixes de la vie bucolique qui, s'ils sont magnifiques esthétiquement, avec notamment un travail hallucinant sur la texture et le tactile (on a l'impression de sentir / toucher chaque morceau de bois et chaque plante), m'ont profondément ennuyé et ne m'ont pas ému une seule seconde malgré le fait qu'on doive traîner pendant des dizaines de minutes à travers l'agonie de gamins refusant de crever enfin de leur peste.
Les dernières vingt minutes environ du film sont censés nous confronter, à travers Agnès Shakespeare sur laquelle l'intégralité du film est focalisé (et pas sur le couple), à l'expérience de la catharsis de celle-ci qui, ignorant le sujet d'Hamlet, va découvrir en direct la tragédie qui servira à son poète de mari à s'excuser de ses incapacités de père face à la mort de leur enfant. La mise en abyme du théâtre à ce moment-là à son intérêt, notamment quand Chloé Zhao refuse les codes du dit "théâtre filmé" pour filmer du théâtre de manière proprement cinématographique, et la transition d'émotions de Jessie Buckley de la rage au trouble à la cassure libératoire est un moment de comédie rare dans sa maîtrise.
Toutefois, le film prend le pli à ce moment-là de présenter la littérature (particulièrement de Shakespeare et l'art en général à travers) comme le simple produit de la vie de ses créateurs, encore une fois bien romantiquement singularisés, la pauvre émanation biographique de Sainte Beuve, et c'est aussi con que trompeur quant à ce à quoi sert le théâtre traditionnellement.
J'ai vu passer dans le coin des articles se pâmant sur la supposée mise en lumière par le film de ce que serait le principe cathartique. Le principe de la catharsis ne signifie pas que l'art est une machine à faire grimacer ses troubles sur une scène pour les expulser sous forme de fantômes, afin de s'en foutre et / ou de s'en excuser comme le dramaturge dans le film. Le principe de catharsis suppose l'inverse, il suppose qu'il saura nous faire entrer empathiquement dans l'art pour qu'on en ramène ensuite les fantômes avec nous à des fins didactiques.
Cette idée que l'art n'est fait que de réactance, de déchets de vie recouverts de fond de teint est une idée de branleur réduisant la figure de l'artiste à une machine à autoportrait, au pire un peu déréglée. Je déteste ça. Je détesterais l'idée que l'art, ce soit ça.
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