La négation de la vie à l'écran

En voyant Max Richter à l’affiche, je me doutais que ça serait mauvais et qu’il ruinerait le film avec ses gros sabots et sa musique hyper explicite. Il se trouve qu’Hamnet est de toute façon très mauvais, avec ou sans musique. Le détail point par point :


- D’abord, l’écriture est ratée, dans le sens banale au possible, extrêmement convenue. Tout est explicité à l’extrême, au cas où on serait trop idiot pour comprendre (le mépris de son propre public, comme souvent hélas). Le plus criant concerne les dialogues, truffés de clichés, ainsi que le personnage d’Agnes (Jessie Buckley) qui n’est développé qu’à travers son rôle de mère et sa généalogie de « sorcières » (en gros, elle n’est qu’une image, une figure, elle n’a pas de personnalité propre). Au fond, je n’en veux pas tant à Chloé Zhao concernant l’écriture, car ça reste une grosse production états-unienne donc pas si étonnant.


- Évidemment, on se tape des coupes tout le temps, avec un montage très publicitaire qui ne s'intéresse pas à l'action (d’ailleurs la seule et unique bonne scène est un long plan fixe). La photographie est hyper lisse, c’est du numérique « propre sur lui » sans aucune aspérité ; autrement dit, neutre et ennuyeux. Pour la mise en scène, c’est un peu le même problème : chaque plan n’est vu que comme une image, c’est de la décoration, presque un film de designer (en ce sens, ça m’a rappelé le Nosferatu de Robert Eggers). Il ne se passe rien dans le cadre, ce qui compte, c’est uniquement le plan comme une image figée. Le film ressemble un peu à un story board, ou à une bande-annonce de 2 heures.


- On touche désormais au plus gros problème du film. La façon de filmer de Chloé Zhao est anti organique : elle refuse de filmer les corps (quand Agnès est enceinte, on ne voit pas la douleur qu’endure son corps, quand un personnage est malade et souffre, on ne le voit pas, tout le film n’est qu’une succession de gros plans sur les visages). C’est une négation pure et simple de la vie, de la chair, on ne sent jamais la douleur, la saleté, l’odeur de la mort. Idem pour la nature : les éléments sont représentés seulement comme des images (quand il pleut c’est pour construire un plan précis avec des "jolies" gouttes d'eau, mais on ne ressent jamais la pluie, le froid, le danger d’une rivière qui déborde), les animaux sont figés, des figures eux aussi, on ne ressent pas l’aigle vivre devant nous, la force de son bec, l’envergure de ses ailes. Ce sont des accessoires de décor. Et mettre de la terre sous les ongles des personnages ne suffit pas à les rendre vrais, désolé.


- Enfin, la musique de Max Richter est catastrophique, parce qu’elle est premier degré à mourir, qu’elle surdomine les scènes dites « tristes » et tue donc le peu d’émotion qu’il y avait dedans. J’ai l’impression que Chloé Zhao a tellement peur de froisser le public en filmant la mort qu’elle l’enrobe dans de la musique racoleuse et des cris exagérés pour diluer le tout.


Je ne m’attarde pas sur le surjeu complet des acteurs, qui est pesant mais classique pour ce genre de productions ; ils en font des caisses dans ce "grand rôle dramatique", comme pour le reste c'est publicitaire et racoleur. Des gens pleuraient dans la salle, je trouve ça étonnant d’être ému par quelque chose d’aussi faux. C’est de l’anti cinéma, c’est de l’anti vie. Les plans du métro de Chantal Akerman procurent infiniment plus d’émotion que ça, Claire Denis et Agnès Godard procurent infiniment plus d’émotion en filmant un simple biceps, Éric Baudelaire procure infiniment plus d’émotion dans n’importe lequel de ses docus. Mais pour ça, il ne faut pas renier la vie.

Lichalechat
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le 26 janv. 2026

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