J'ai mis du temps à comprendre où allait cette histoire. Je m'étais peu renseigné avant de rentrer dans la salle de cinéma, si ce n'est que j'avais vu Paul Mescal dans deux oeuvres radicalement différentes en termes de délicatesse, Normal People, et Gladiator II. Quant à Chloé Zhao, elle avait aussi le même type de grand écart à son actif, entre Nomadland, et Marvel.


Mais désormais, Chloé Zhao acquis notoriété et reconnaissance artistique. Elle se sent libre de faire ce qu'elle veut. Elle va donc commettre un film à Oscar : belles images, jeu intense, histoire émouvante. Pourquoi pas ? Encore faut-il que le tout fonctionne et ne soit pas trop artificiel.


Il m'a fallu une bonne moitié de film pour réaliser qu'on me racontait la vie de William Shakespeare et sa famille. Enfin. Une vision romancée, car apparemment, la vie du bonhomme et sa famille est assez floue, ce qui donne toute liberté pour se promener dans les interstices.


Chloé Zhao, comme souvent va nous emmener dans un naturalisme bon teint : on s'ancre dans le quotidien, les petits gestes, la vraie vie des gens, la simplicité de cette vie. Les conditions matérielles ne sont pas (trop) embellies. Bon, ici, il faut quand même faire la part des choses : on voit la rusticité de l'envirionnement, mais en même temps, les personnages sont beaux avec de belles dents complètes, les habits sont plutôt de bonne facture. Et l'image est toujours "belle". Même pour les accouchements, toute la douleur y est lisible, mais la caméra est toujours caressante, esthétisante. Donc, un naturalisme contrôlé, dans lequel la rugosité du réel est toujours filtrée par une esthétique maîtrisée.


Il faut reconnaître que le personnage joué par Jessie Buckley, Agnes, la femme de Willie, est beaucoup plus intense que son mari. L'actrice y délivre ici une partition qui impressionne mon petit coeur de béotien. Cette communion avec la nature, avec la vie, avec sa famille, avec ses enfants est vécue avec une force remarquable.


Arrivera le dénouement, le temps d'une représentation théâtrale de Hamlet dans le village. Ce moment, c'est le moment Oscar. Celui qui fait tirer les larmes, qui dénoue les âmes recroquevillées dans leur tristesse. Pour moi, ça a marché. Et paradoxalement, j'ai bien vu les ficelles. Mais j'ai choisi de m'y abandonner. Et j'en suis sorti plutôt joyeux, léger. J'avais, moi aussi, avancé avec Agnes.

John-Peltier
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le 16 févr. 2026

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