Happy End est un film peu aimable d'une époque qui ne l'est pas moins. Ce nouveau film a toutes les allures du film testamentaire - à commencer par le titre- avec un désir profond de synthèse et de mise en distance des moyens de son propre cinéma, en jouant d'un humour très cinglant, jusque là inconnu au cinéaste.
Passée la première impression d'une accumulation des thématiques chères au cinéaste, Happy End parvient tout de même, par l'enflure et le trop-plein, à faire naître un désabusement comique, une mise en distance du monde qui passe par une relecture de son propre cinéma.
Au-delà d'un discours péremptoire douteux sur certains fléaux du monde contemporain, Haneke parvient à réaffirmer par la caricature de son spectacle des valeurs universelles: la communication, la filiation et le désir de vivre.
Affirmons-le Happy End relève de la science-fiction. Mais justement cette fiction basée sur un cadre réaliste a une science à nous apprendre: la réaffirmation des sentiments et des relations communicationnelles dans un monde qui tend à les disloquer.
Dystopique, le cinéma d'Haneke a une valeur profondément cathartique. De la disjonction des êtres, de leur mise en distance, par une mise en scène qui souligne constamment la non-rencontre des corps et des regards, naît un désir chez le spectateur de recoller ses morceaux brisés, d'influer de la vitalité à cette morosité mortifère, de croire encore aux potentialités de son existence.
C'est là que se situe la valeur profonde du cinéma d'Haneke, redonner un sens à l'existence de son spectateur en annulant tout sens moral de sa fiction.
Le désir de mourir des personnages se transmute, par le biais de la fiction, en un désir de vivre chez les spectateurs. Cette croyance en un autre monde, nous l’apercevons par bribes dans le regard des personnages: les pleurs d'une petite fille deviennent les pleurs d'une humanité qui tente de se ressaisir.
En prolongeant sa veine originelle (le Septième Continent), Haneke ne tombe pas dans les mêmes facilités que ses héritiers (coucou Lanthimos), en donnant à ses personnages ce trait d'humanité qui fait la valeur et la richesse de son cinéma.

Zedicop
8
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le 21 juin 2017

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