Le visionnage d’un vigilant movie soulève toujours les mêmes questions. Qui est la victime/le justicier ? Qui sont les agresseurs ? Quel est le contexte social ? De quel côté de la barrière se positionne le film ?


Dans Harry Brown, le premier long métrage de Daniel Barber, le personnage principal est un homme, âgé et seul, résidant dans un quartier de la banlieue de Londres où la délinquance est reine. Le film présente d’emblée Harry comme une victime – indirecte – lorsque, appelé en urgence au chevet de sa femme hospitalisée, il se refuse à emprunter un passage souterrain a priori occupé par des délinquants (on ne les voit pas, mais on les entend). Il effectue alors un détour. À son arrivée, il trouve lit vide. Harry est en larmes. Évidemment, le film impute ce retard et ce chagrin à la racaille présente dans le tunnel. L’empressement technocratique du milieu hospitalier pour débarrasser les lits bénéficie, lui, d’une gracieuse immunité. Le film prend parti. Il choisit sa cible. A son tour, d’ailleurs, le montage zappe les funérailles de la défunte épouse. Il vole à Harry du temps d’écran consacré à son deuil. Le récit se met au diapason de la brutalité de l’environnement dans lequel il vit.


Harry Brown est un film qui prétend se piquer de réalisme social : il s’ouvre d’ailleurs sur une vidéo amateur d’un rodéo urbain. Mais un réalisme social de gros. Il se garde par exemple d’expliquer l’inaction des forces de l’ordre. De même, la jeunesse à l’écran n’est jamais représentée autrement que comme de la graine de voyou. Quant au personnage d’Harry Brown, son incarnation repose entièrement sur l’aura de son vénérable interprète, Michael Caine, dont les récentes apparitions chez Christopher Nolan nous ont fait oublier qu’il a été, dans les Swinging Sixties et les années 70, une figure du cinéma criminel. Le portrait de son personnage est ainsi brossé à gros trait : vétéran des marines, minutieux (il ne laisse aucune miette de pain sur sa table à manger) et stratège (il joue aux échecs). Il est défini par son chagrin et son désir de vengeance. Sa petite vendetta personnelle ne l’affectera jamais. Il reste droit dans ses bottes. Et le film également. Il n’interroge jamais les actions de son personnage, ni le contexte social. Qu’un des agresseurs (Jack O’Connell) se révèle victime d’abus sexuel n’intéresse ni l’un, ni l’autre. S’y pencher ne ferait que brouiller le programme. Injecter de la complexité au réel. Le réalisateur Daniel Barber en tirera plutôt une courte séquence de torture, suivie d’une exécution savamment mise en scène par le personnage principal.


Harry Brown est un film techniquement irréprochable. A l’époque de sa sortie, je m’étais d’ailleurs satisfait de sa facture au point de lui attribuer une note très au-dessus de la moyenne. Quinze ans plus tard, je trouve ce film rance. Il pue. Harry Brown est devenu à mes yeux une odieuse série B réac qui s’ignore.

2flicsamiami
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