William Friedkin raconte que lors de sa première rencontre avec Howard Hawks, celui-ci lui déclara que le public se foutait de la psychologie des personnages, avant tout intéressé par l'action. Cet adage est en quelque sorte un précipité du cinéma Américain classique.
À la fin des années 50, le système des grands studios est en crise, la faute en partie à la télévision qui entre dans les foyers américains, réduisant drastiquement les entrées en salle. Le cinéma mondial connaît au même moment une révolution, les différentes vagues émergent en Europe et au Japon notamment avec une nouvelle manière d'appréhender la production de films. Paradoxalement, c'est à ce moment que les cadors d'Hollywood produisent certains de leurs meilleurs films comme une forme de chant du cygne (North by Northwest, Rio Bravo, The Apartment...).
En 1962, Howard Hawks tourne "Hatari !" pour la Paramount, aboutissement formel et thématique de son cinéma.
On y suit un groupe de chasseurs en pleine savane africaine menée par John Wayne, plus charismatique que jamais accompagnée d'une horde de personnages atypiques de toute nationalité. Car la condition sine qua non de l'existence d'une communauté chez Hawks, avant toute prérogative nationale ou culturelle, tient au caractère professionnel de chacun de ses membres, excellant tous dans la tâche qui leur incombe. Cette alchimie se cristallise dans l'action, pure synergie des êtres autour d'un but commun, attraper la bête qu'ils poursuivent. La trame du film ne tient qu'à cela, Hawks évacuant toutes les intrigues et ressorts dramatiques connus pour ne garder que ce qui l'a toujours intéressé, les relations humaines et l'action. Si un film classique emprunte toujours une structure dramatique pyramidale (mise en place-élément perturbateur-résolution), "Hatari !" adopte une structure cyclique, suite de séquences presque indépendantes les unes des autres si bien que le film pourrait tout aussi bien durer 3h de plus.
En cela et l'air de rien, Howard Hawks est un moderne.