J’avais adoré collatéral, pour son ambiance, ce los Angeles nocturne qui inspire, la solitude et les envolées poétiques mais aussi pour le milli métrage de l’action, la violence brute de certaines scènes. J’ai retrouvé toute cette panoplie d’éléments dans Heat. Cependant, là où Collateral exposait une quête solitaire, Heat tisse une mosaïque de récits et d’histoire ou l’humanité prend différents vissages pour décrire une multitude de nuances des relations humaines.


Au cœur de ce récit, deux personnages dominent : Neil McCauley (R. DE NIRO) et Vincent Hanna (AL PACINO) (petite remarque au passage : Tom Cruise porte aussi le prénom Vincent dans Collateral, ce qui n’est sans doute pas un hasard). McCauley est un parrain de la pègre de Los Angeles, à la tête d’un groupe qu’il protège comme un père, tout en sachant que leur situation est précaire et peut s’effondrer à tout instant. En face, Vincent Hanna, lieutenant obstiné, ne semble guère se soucier de sa propre vie privée. Il fuit ses responsabilités conjugales, ferme les yeux sur l’infidélité de sa femme (scène abjecte mais assez drôle) et semble avoir laissé derrière lui un drame familial. Ainsi, il s’investit totalement dans son métier, poursuivant les criminels avec acharnement, comme un échappatoire au quotidien, au point que le crime devient pour lui comme une raison de vivre.


Autour d’eux gravitent d’autres relations marquantes. Val Kilmer incarne un braqueur dont le mariage reste violent et conflictuel, bien que son épouse finisse par lui sauver la vie en lui conseillant de fuir alors que la police est en embuscade dans sa chambre d’hôtel. À l’inverse, Dennis Haysbert incarne un des braqueurs qui goûte à un amour authentique : sa compagne ne demande rien d’autre qu'il reste "lui même", révélant ainsi un contraste touchant avec la brutalité du monde environnant.


Le film se distingue également par ses scènes d’action d’une intensité rare. L’apogée est atteinte lors de la fusillade monumentale, où le son assourdissant des coups de feu d’ailleurs, parfois trop fort par rapport au reste de la bande-son mais cela amplifie la tension et l’immersion.


Mais le film propose également des instants suspendus et réflexifs. Par exemple, la scène du restaurant, où les deux protagonistes se font face chacun exposant sa vérité. Dans ce tête-à-tête, les masques tombent et chacun admet son rôle tragique, que rien ne peut vraiment entraver : « Toi, tu fais ton truc comme tu le sens, et moi je fais la même chose ». Deux âmes qui affrontent l’existence différemment : McCauley, protecteur des siens, lucide sur la précarité de sa condition et Vincent Hanna, qui délaisse les siens pour fuir la douleur et consacrer sa vie à un idéal de justice.


Enfin, la poursuite finale est touchante, dans la nuit, les deux ombres se mêlent, l’un est aveuglé tandis que l’autre traque sa proie. La justice et la transgression, le devoir et le romantisme se talonnent et se traquent dans la pénombre. C’est une conclusion réussie, une scène où Mann démontre une nouvelle fois que dans un film d’action, les sentiments peuvent peser autant que les armes à feu.


Capii
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le 16 août 2025

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