Le chien de chasse et le félin (#600favoritefilms - #427)

Les fans vont trouver ça trop bas et j'ai trois autres Mann devant, mais si "Heat" a les qualités de son ampleur (les respirations et tensions du récit, l'espace laissé aux seconds couteaux incarnés par Val Kilmer, Diane Venora, Ashley Judd ou Dennis Haysbert, les morceaux de bravoure ou de pur suspense comme cette scène formidable de fusillade en pleine rue après le braquage de la banque, l'entrepôt sous surveillance, l'exécution de Waingro ou ce final nocturne aux allures de duel silencieux évoquant "La légende du grand judo" de Kurosawa - père de toutes les influences de Mann, de Melville et Leone au cinéma de HK), il en tire aussi quelques défauts : trop dilué, des moments plus ternes peut-être ("I'm not good at meeting people" dira Eady/Amy Brenneman à Neil McCauley/De Niro et en effet Mann ne filme pas aussi bien les réunions, les scènes de groupe ou du quotidien que la solitude, l'action, les improbables connexions intimes en tête-à-tête - y compris celle de ses deux stars qui étonnamment n'avaient jamais partagé un même plan au cinéma - ou Los Angeles la nuit), et puis si De Niro est parfait à tous les niveaux, Pacino bien que charismatique cabotine un chouia, moins fan de certains moments du film autour de son couple et de sa belle-fille par exemple, ou lorsqu'il fait sa diva en cuisinant des indics.


Évidemment "Heat" n'en reste pas moins un grand voire un très grand film, d'où cette place, avec son jeu très melvillien du chat et de la souris entre un chien de chasse et sa proie féline qui chacun au fond pourrait être l'autre, mais loin d'être aussi parfait, transcendé par la mise en scène au point où peuvent l'être "The Insider" ou "Collateral" (et même "Miami Vice" dans ses meilleurs moments, cf. mon #502), lesquels trouvent une dimension véritablement métaphysique dans cette façon presque abstraite de filmer la ville, l'isolation, la mélancolie des grands solitaires en esseulant les protagonistes dans le plan (ça prenait déjà bien forme dans "Heat" ceci dit, voire même 15 ans plus tôt dans le superbe et bien-nommé "Le solitaire" dont je reparlerai plus haut dans ce classement #600favoritefilms).

Oh-Dae-su
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