Un an après ‘’Hellraiser’’, qui rencontre en salle un certain succès, pour une œuvre aussi horrifiquement radicale, sort tout logiquement sa suite. Exit Clive Barker, qui n’a comme implication dans ce projet que le fait d’en avoir écrit l’histoire, et demeure producteur exécutif. Réalisé par Tony Randel, qui n’a pas fait grand-chose de sa carrière, si ce n’est une des nombreuses suites sans intérêt à ‘’Amityville’’, et un rôle dans les effets spéciaux de ‘’New-York 1997’’, ‘’Hellbound’’ cherche à se glisser le mieux possible dans le prolongement de son aîné.
Signé par Peter Atkins, un proche de Clive Barker, qui écrit aussi les deux opus suivants, le scénario reprend exactement là où le premier film s’est arrêté. Pour l’anecdote, Atkins est le scénariste de ‘’Fist of the Northstar’’, également réalisé par Tony Randel, un nanar ascendant navet, inspiré du manga ‘’Ken le Survivant’’. Un objet cinématographique disons… Plein de surprise…
Suite oblige, ‘’Hellbound’’ explore un peu plus en profondeur l’univers mis en place dans le premier volet. Reprenant le principe du huis-clos pour les séquences qui se passent dans notre monde, prenant place dans un hôpital psychiatrique, le récit s’aventure également en Enfer. Au cœur même du monde des Cénobites, un labyrinthe gigantesque fait d’infinies dédales, qui n’est pas sans rappeler les œuvres de Mauritz Cornelis Escher.
Après les évènements du premier film, Kirsty est internée dans un institut, où œuvre un docteur un peu chelou, qui s’occupe de son cas. Sauf que le type est aussi barge, voir plus, que les zinzins qu’il soigne. Fasciné par l’occultisme, et la boite de Lemarchand, dont il possède plusieurs copies, comme le personnage de Frank dans le premier volet, le Dr Channard est en quête du plaisir ultime. Il mène en conséquence des expériences sur ses patients, cherchant à ouvrir la boite de Pandore lui donnant accès à ses désirs les plus insoupçonnés.
Dans un premier temps ‘’Hellbound’’ reprend le schéma du premier volet, une personne échappe au Cénobites, quelqu’un lui donne des êtres humains pour qu’elle puisse se régénérer, et tout le processus déjà vu dans ‘’Hellraiser’’ est ainsi répété. Puisque les Cénobites, pas contents qu’une âme leur appartenant se soit échappée, reviennent dans notre monde pour la récupérer, et au passage harceler Kristy.
Le récit creuse d’avantage les origines des Cénobites, leur faisant un peu perdre au passage leur aura mystique. La naissance de Pinhead occupe pour exemple une place centrale, mais plus on en apprend sur lui, et sur comment il est devenu ce maitre des enfers, et bien le mystère s’attenu. Et ces êtres gnosiques, martyrs aux corps dont les stigmates témoignent d’une performance alliant les confins du plaisir et de la souffrance, perdent un petit peu de l’horreur qu’ils incarnaient dans le premier volet.
Cependant, l’exploration du labyrinthe, et la naissance d’un Cénobite, permette au film d’éviter la redite totale, pour en faire sa force, et son intérêt. Cette suite est vraiment un bon film, efficace et généreux dans le gore Tenons pour exemple le retour d’une âme déchue des enfers, lors d’un moment gore proprement hallucinant, et qui dure, qui permet de provoquer horreur et le dégout chez le spectateur. Ou bien encore une scène de massacre prenant place dans un dortoir de l’asile, des plus spectaculaires.
Forcément ‘’Hellbound’’ souffre de la comparaison avec le premier volet, et ne parvient malheureusement jamais à rivaliser. Si il se défend parfaitement comme film d’horreur, en explorant le riche univers mis en place par Clive Barker, il manque d’un souffle épique, qui paradoxalement au fait que ce soit un huis-clos, était omniprésent dans ‘’Hellraiser’’. SI ici les décors sont fous, fouillés, et impressionnants, toute la réflexion métaphysique et théologique du premier volet passe un peu à la trappe.
Finalement pour devenir un Cénobite, ce n’est pas bien compliqué, et ces êtres qui semblaient sortir de l’abîme des temps, sont en fait des créations très récentes. Même si c’était une idée louable de vouloir donner plus d’explications à l’audience, et de creuser d’avantage les origines d’un personnage comme Pinhead, il en ressort un petit goût de ‘’meh !’’, un peu vain, et qui ne rend pas service au premier film.
Bon, en vrai je suis un peu tatillon, car ‘’Hellbound’’ c’est vraiment un bon flick horrifique, et c’est cool de se replonger dans cet univers de luxure penchant vers le BDSM hardcore, où la quête d’un plaisir au frontière de la torture, oriente vers l’occultisme et des forces impossibles à maitriser pour de frêles êtres humains. Il est plutôt amusant d’observer ces personnages qui dans notre monde apparaissaient terrifiants, mais dès qu’ils font face au Cénobites apparaissent comme faibles, apeurés devant la puissance d’un potentiel insoupçonnable.
Au final ‘’Hellbound’’ c’est pas forcément une suite utile, mais elle reste agréable à regarder, possédant le charme des productions gores made in 80’s. Totalement décomplexées, avec un goût pour le grand guignol, qui s’est un peu perdu avec le temps. En cela, le film de Tony Randel reste efficace à plusieurs égards, et distrayant.
Avec son budget de 3 millions de $ (le premier en avait coûté 1 million), le métrage aurait sans doute mérité un meilleur développement, avec peut-être à la réalisation un metteur en scène plus compétent, capable tirer le meilleur d’un scénario, qui sur le papier, annonce une œuvre bien plus riche. Malheureusement elle tombe à de nombreuses reprises (et ce sera le cas pour toutes les suites) dans la facilité. Empêchant l’ensemble de s’élever au niveau du premier volet ben plus apologétique, avec ces créatures toutes droit sorties d’un monde de ténèbres et de jouissance extrême, où la souffrance règne en maître.