Acteur fétiche de Tsai Ming-liang, Lee Kang-sheng passe derrière la caméra dans ce Help Me Eros pour… faire du Tsai Ming-liang ? Le film a de quoi surprendre en effet par sa grande ressemblance avec les œuvres de ce dernier, tout en affirmant au demeurant ses différences.
On retrouve effectivement ici l’influence du Maître dans l’agencement méticuleux des plans, très souvent fixes, et plus globalement dans le ton de l’œuvre, profondément marqué par la solitude que connaît chacun des personnages. Jamais totalement dépressif, Lee joue lui aussi avec brio sur l’humour, l’ironie et les changements de ton parfois brutaux, d’un romantisme un peu désuet à des scènes de sexe complètement timbrées en passant par des moments d’introspection plus ésotériques.
Le film se balade sur plusieurs registres, traitant notamment de l’addiction aux drogues, du manque d’affection, de la prostitution, de l’homosexualité etc. Lee parvient à concentrer tout ça dans son métrage et à le garder cohérent grâce au fil rouge de la solitude, lequel unit les trois protagonistes sans qu’ils le sachent. Il n’oublie pas, tout comme Tsai, de distiller avec beaucoup de finesse une critique du capitalisme sauvage qui a laissé tant de Taïwanais sur le carreau dans l’histoire récente du pays.
Sans doute Lee manque-t-il encore un peu de maturité dans la façon qu’il a d’aborder les problèmes qui sont devenus pour son mentor une sorte de second langage qu’il manie à la perfection à travers son cinéma. On ne peut lui retirer cependant ce lyrisme exacerbé, très romantique, qui se distingue en cela de celui de Tsai, lequel est davantage élégiaque et porté sur la nostalgie.
En atteste l’usage que fait Lee de la musique, beaucoup plus présente qu’elle ne l’est dans les œuvres du Maître. Elle sert ici moins à susciter la mélancolie qu’une forme de recueillement chez le spectateur, appelé à réfléchir sur les multiples lectures à donner à ce film au symbolisme riche et très puissamment érotique. Une très belle expérience qui ne pourra que ravir tout amateur du cinéma de Tsai Ming-liang.