Theodore est vraiment populaire. C'est vrai, tout le monde l'aime bien. Il est le meilleur dans son métier, il est drôle... Il a plein d'"amis".
Ce qui ne l'empêche pas d'être désespérément seul. Enfermé dans les souvenirs du passé : son ancien couple, son ancien métier... A ce stade, il faut préciser que l'émergence des souvenirs dans le récit est magnifiquement bien filmée, loin des lourdeurs des flashbacks habituels.
Sa solitude est encore renforcée par la société futuriste (mais pas tant que ça) où se déroule le film.
Nous sommes dans un Los Angeles froid. Froid car la ville semble privée de tout contact humain. Chacun est enfermé dans son propre univers numérique. La technologie a envahi chaque aspect de la vie des habitants, anéantissant totalement les relations humaines. On ne se parle plus, on s'envoie des mails. Et quand on veut une lettre d'amour, on la fait écrire par une société spécialisée. La communication directe n'existe plus, la chaleur humaine a disparu, la ville est devenue un immense conglomérat de personnes vivant ensemble et s'ignorant mutuellement (n'est-ce pas déjà le cas ?).
Cet aspect est encore renforcé par la réalisation, où la ville est filmée dans des lumières et des couleurs froides, des tons gris qui en augmentent le caractère inhumain.
La ville est triste.
La vie est triste.

La vie de Theodore va est bouleversée par l'arrivée de Samantha. Une véritable révolution. Samantha, c'est la meilleure amie que l'on puisse rêver d'avoir. Il peut tout lui dire, à n'importe quelle heure, elle sera toujours là pour l'écouter, le conseiller, le consoler. Pour jouer avec lui aussi, comme dans cette formidable scène où elle le guide dans la rue alors que lui doit marcher les yeux fermés. Samantha, c'est la femme idéale, à la fois bonne copine et maîtresse.
Bon, d'accord, Samantha est un logiciel. Une Intelligence Artificielle. Elle n'existe que dans un ordinateur. Le fil joue énormément sur l'ambiguïté du personnage de Samantha. A de nombreux moments, on pourrait croire, on croit qu'elle est réelle, qu'elle a un corps.
Le scénario va aller à fond sur cette ambiguïté. Samantha est à la fois un logiciel trop humain et une femme trop immatérielle. La scène remarquable où une jeune femme (Isabella, si je ne me trompe pas) vient "représenter" le corps de Samantha est une séquence très troublante. C'est l'aboutissement de la logique du film, de ce couple hors norme (et pourtant, apparemment si fréquent dans l'univers du film) entre un humain et un logiciel. Les humains deviennent alors des corps de substitution pour les machines, des marionnettes pour leur permettre de faire ce qu'ils ne pourraient pas accomplir.
D'où la question qui est au fond du film, d'autant plus efficace qu'elle se fait très discrète : sommes-nous encore libres par rapport à nos technologie ? Ou sommes-(nous déjà dans un monde où la technologie informatique a pris tellement de place qu'on ne peut plus envisager d'en sortir ?
Sommes-nous arrivés au stade où un ordinateur remplace un être humain ?
Combien d'ados préfèrent mettre en scène leur "vie" sur des réseau sociaux plutôt que de la vivre réellement avec leurs camarades ?
Combien de gens interrompent leurs conversations, même amoureuse, pour envoyer des textos ?
Combien préfèrent parler à leur console qu'à leurs connaissances ?

On ne le cachera pas plus longtemps, ce film est une merveille. Un film intelligent qui joue à fond la carte de la sensibilité. La réalisation sait se faire magnifiquement sensuelle, pour montrer le soleil qui caresse le visage de Theodore sur la plage. Le scénario propose des réflexions vraiment essentielles par rapport au monde contemporain, mais aussi sur l'amour ou les rapports que nous entretenons avec notre corps. Les dialogues sont magnifiques.
Quant à Joaquin Phoenix... J'avais déjà la forte impression qu'il était le meilleur acteur de sa génération. Ce film n'a fait que le confirmer. Il est juste exceptionnel.
Un film drôle, sensible, intelligent, émouvant et même un peu inquiétant, juste ce qu'il faut.

Le 8 novembre 2014

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6 commentaires

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Strangelove
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Siri's paradox.

Looking at the World. Je ne sais pas. Je ne sais pas si c'est moi ou un vrai tour de force, mais ce film m'a ému aux larmes. J'ai ris, j'ai pleuré, je me suis émerveillé devant une telle justesse et...

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