« Here » a pour lui de bonnes intuitions picturales et sensorielles : une captation saisissante du son réel, un vrai sens de la composition, de la colorimétrie, qui fait habilement cohabiter le terne urbain à la verdure vive. Mais il bute sur plusieurs problèmes qui découlent de la même source : le film occupe un espace qui n’est pas le sien, celui de la narration, résultat peut-être d’un impératif économico-marchand subi. Il en résulte en tout cas une claire distinction entre les plans contemplatifs, très singuliers, de paysages urbains plutôt larges (notamment les premiers) ou très resserrés voire microscopiques sur la flore explorée pendant la balade des deux personnages ; et une autre gamme de plans, très banals, sans aucune singularité dans le cadrage ou la syntaxe dès qu’il est question de filmer des dialogues (en gros : plan américain sur celui qui parle), plutôt maladroits d’ailleurs et déclamés d’une manière figée par les acteurs qui a plus à voir avec la rigidité que le dépouillement. L’univers de Bas Devos donne l’impression d’être peu pourvu en épaisseur humaine, et que les lointains motifs narratifs qui peuplent son film (solitude, insomnie, exil etc… restant à l’état d’ébauches) ne sont que des auxiliaires dispensables de l’ambition visuelle du réalisateur. Ce qui n’est pas un problème en soi, mais ça oblige dans ce cas précis à se taper tout un tas de scènes narratives sans grand intérêt, alors qu’un cinéaste comme Schäublin (auquel il n’est pas interdit de penser quand on regarde celui-ci) réussit à filmer de la conflictualité sociale aigue voire violente sans rien céder sur son dessein pictural et contemplatif. Cela n’empêche pas de souhaiter voir un prochain film de ce cinéaste prometteur, plus harmonieux ou plus abouti, ni de lui souhaiter, ainsi qu’à tous les Belges, une joyeuse fête nationale du 14 Juillet.