parfait exemple que la simplicité est une énorme qualité : le film commence par des plans fixes sur un chantier, quelques ouvriers, quelques pans du mur autour du chantier, des gouttes qui y tombent, l’environnement de la ville autour, le bruit de la ville, le vent, puis le bus sur trois ouvriers dont notre personnage principal, puis son appartement, etc
c’est tout simple mais ça donne immédiatement le ton et la couleur du quotidien de ce personnage. On ne sait pas si sa vie d’ouvrier est dur, s’il en est content ou non, on ne connaît rien de sa vie d’avant, mais on a eu ces quelques morceaux de sa journée qui nous permettent de très bien le situer
et tout le film va se passer dans ce calme et ce silence (en repensant au film le principal truc qui me revient c’est le bruit de la brise dans des feuillages, qu’on entend souvent), avec des péripéties qui n’ont pas l’air d’en être tant elles ne sont pas présentées ni commentées comme telles
en fait c’est ça : c’est l’air de rien que ce film se construit. Que ce soit les cadrages, les mouvements de caméra, le jeu des acteurs, le montage, la musique ; tout est si léger, si peu démonstratif, qu’on ne s’est pas rendu compte que le réalisateur était en train de créer un parfait écrin pour que la rencontre amoureuse du héros soit si forte. Parce qu’on a vu ce quotidien si doux, calme, silencieux, et peut-être si vide ? peut-être si solitaire ?), la rencontre amoureuse prend tout son sens, elle vient combler ce vide et cette solitude qu’on savait à peine être là
et cette rencontre se fait aussi sur le mode de l’anodin, sans emballement, accidentellement, lentement, et j’ai trouvé ça bouleversant de banalité et de tendresse. tout ce dernier segment où les deux protagonistes se croisent par hasard dans la forêt et l’explore ensemble sans jamais se séduire mais tout en étant évidemment et visiblement séduits, c’est vraiment sublime et ça n’est permis que par cette construction si simple et si subtile de tout le reste du film