Traduit en français, La Odisea de los Giles donnerait quelque chose comme L'odyssée des idiots au sens d'innocents). Les distributeurs du film ont préféré le titre international de Heroic Losers. Passons. Ce nouveau long-métrage de Sebastian Borensztein, son troisième avec son acteur fétiche Ricardo Darin, après El Chino et Koblic, prend son point de départ en un moment crucial de l'histoire argentine contemporaine avec le "Corralito" qui correspond aux mesures économiques gouvernementales de fin 2001 qui eurent pour effet collatéral d'appauvrir durablement une grande majorité des citoyens argentins, les plus modestes en particulier. Le film est l'histoire de la tentative désespérée d'une bande de pieds nickelés pour récupérer leur argent "volé" par les banques et les spéculateurs. A l'évidence, le but est de réaliser une comédie noire et morale dans son amoralité, dans le droit fil de ce que les studios britanniques Ealing savaient si bien faire dans les années 50. Et avec une touche à la Coen pour l'ambiance rurale, agrémentée de quelques personnages frustes mais déterminés. Comme d'habitude, Ricardo Darin est impeccable et plus que crédible, accompagné ici de son jeune fils, les deux étant d'ailleurs coproducteurs. Le reste du casting est moins brillant, surjouant parfois leurs rôles. Si le rythme du film est soutenu, il ne brille pas par sa mise en scène, laborieuse, et se contente de péripéties enchaînées sans vraiment approfondir le tsunami social de ces années-là. L'intrigue est somme toute prévisible jusqu'au dénouement. Indéniablement divertissant avec un scénario qui ne cherche pas à être crédible à tout prix, La Odisea de los Giles a cassé la baraque en Argentine, sonnant aussi comme une douce vengeance a posteriori et par procuration, pour beaucoup. Il est peut-être seulement regrettable qu'il n'ait pas eu plus d'ambition sur le plan artistique.