D'une part, une petite crapule sympathique, brave sans le vouloir (Dustin Hoffman); d'autre part, un clochard généreux qui usurpe sa gloire. Au-delà de la comédie qui s'ébauche -trop longuement sans doute- Stephen Frears dénonce la foire médiatique orchestrée autour d'un sauvetage pseudo héroïque. Ou comment, par un mercantilisme cynique, on fabrique un héros destiné à émouvoir l'Amérique profonde.
L'originalité du film provient moins sans doute de cette charge contre le pouvoir des médias que de la remise en cause d'un manichéisme qui sert, dans toute société, à édifier un moralisme complaisant. Dans un dénouement spectaculaire, le meilleur moment du film, Frears se montrera plus explicite encore en relativisant la notion de courage. Sa conclusion rappelle étrangement les professions de foi morales et philosophiques de Capra, son humanisme.
En revanche, le caractère des personnages est assez simpliste. Si Dustin Hoffman, en petite frappe bourrue et cupide, trouve un rôle assez étoffé, le personnage d'Andy Garcia restitue moins la bonté naïve d'un James Stewart (chez Capra) qu'une certaine mièvrerie; tandis que Geena Davis incarne une journaliste finalement touchée par la grâce de façon caricaturale. C'est une faiblesse du film, lequel sacrifie un peu trop aux conformismes d'un cinéma américain qui caresse volontiers le public dans le sens du poil.