Depuis toujours, Spike Lee mène une guerre. S'il n'avait pas été réalisateur, il aurait été un militant Black power. Oui mais voilà, quand le mouvement est né, il 'avait pas dix ans. Malcom X est assassiné en 1965 (il en a fait un biopic en 1992) et Martin Luther KIng en 1968. Il me semble que cette période l'a profondément marqué, pour ne pas dire traumatisé. Même s'il est né en Géorgie, à Atlanta, état qui a vu naitre l'immense Ray Charles, il n'a pas connu la ségrégation et la misère; sa mère est professeure d'arts et de littérature et son père musicien et compositeur. Il grandit à Brooklyn et va connaitre une enfance privilégiée. Il étudie ensuite au Morehouse College, établissement prestigieux de Géorgie, où étudia un certain...Martin Luther King ( à une époque bien différente ). Il est évident que tous ses films sont teintés de cette lutte afroaméricaine à laquelle il ne participe pas vraiment. Comment, en effet, en être quand on a pas connu l'indigence, l'injustice, la drogue, la "thug life" chère à Tupac et tout ce qui fait bien des vies afroaméricaines encore aujourd'hui. Suffit de se balader à NYC pour comprendre que le Fentanyl fait surtout des ravages dans cette communauté.
New York justement. Au coeur du film. On sent tout l'amour que Spike Lee a pour cette ville, subimée à l'extrême, avec des prises de vue dingues depuis le pont de Brooklyn sur le gigantisme de Manhattan. Un magnat de la musique, un Dr Dre de la côte est ( la "thug life" que Spike Lee fantasme ), téléphone sur la terrasse de son appartement, digne des plus grands palaces. Un esthétisme poussé à l'extrême. Aux murs, un Basquiat évidemment ( à la Jay-Z), une photo de Mohammed Ali et tout un tas de références à la culture afroaméricaine. Oui, mais c'est le New York d'en haut. En bas, des types défoncés au Fentanyl trainent dans les rues, dans le métro et même à Times Square. Les montrer serait comme une tâche sur une veste Chanel. Alors, on reste sur le luxe indécent, le penthouse, les bagues en or, la Rolls Royce dans les rues de Brooklyn. Même le sourire de Denzel Washington est luxueux, Spike Lee insiste dessus. Il a dejà tourné avec ce grand acteur à plusieurs reprises, ils se connaissent bien. Denzel est devenu une sorte de sage aux Etats-Unis, une aura. Il est parfait dans le rôle, comme à peu près dans tous les rôles. Hélas, il ne sauve pas complètement le film, qui ressemble, à bien des égards, à un clip de R&B où le fric coule à flots. L'intrigue est pauvre et l'unique scène d'action se situe dans le métro où on ne voit pas, étrangement, d'afroaméricains à la dérive mais une horde de supporters Yankees s'exciter avant le match. C'est d'autant plus étonnant que le stade est situé dans le Bronx et que cette ligne est souvent le désolant théatre de junkies totalement défoncés. Mais passons.
Le film est assez long pour un clip. A regarder pour le plaisir de voir Washington à New York.