Après avoir fait découvrir le folklore fantastique juif avec The Vigil, après avoir braconné sur le terrain des angoisses liées au grand âge avec Relic, le genre horreur, en 2020, se diversifie un peu plus encore avec His House, puisqu'il s'attaque aujourd'hui au sujet brûlant des migrants.
Dans la façon d'appréhender sa thématique, His House fera plus d'une fois penser à Relic, d'ailleurs, en partageant avec ce dernier ses mêmes moments de grâce et de mélancolie, ses inquiétudes et ses fulgurances horrifiques.
Et si rien n'est fondamentalement chamboulé dans les figures convoquées, il y a dans l'oeuvre une réalité qui fait mal, un traumatisme infini, des plaies béantes qui ne se fermeront probablement jamais.
Les éléments et métaphores sont classiques : quelques jump scares, des apparitions maléfiques en lien avec le passé, un labyrinthe urbain, une maison décrépite dont les murs se dégradent à mesure que la santé mentale de ses habitants vacille. Mais l'épouvante, dans His House, c'est avant tout le réel et le vécu. Celui qui a motivé l'exil, faisant fuir les horreurs d'un pays en guerre.
L'épouvante, dans His House, c'est le traumatisme toujours à vif, des images de vie et de mort qui reviennent sans cesse, les blessures psychologiques qui resteront vives et béantes, pour toujours. C'est enfin ce silence, cet indicible qui vient littéralement hanter des survivants qui, eux aussi, prennent parfois des allures de véritable fantôme.
Des fantômes que la terre promise anglaise refuse d'intégrer, les reléguant dans les quartiers les plus invisibles et faussement proprets. Des fantômes que le voisinage peu avenant regarde de biais, derrière les rideaux, avec un sourire indéterminé ou de façade. Des fantômes auxquels on réserve un racisme d'autant plus incompréhensible qu'il est exprimé par des jeunes de même couleur de peau que ces réfugiés en souffrance.
Des réfugiés en liberté surveillée évoluant dans His House dans un huis clos dessiné autant entre quatre murs délabrés que dans une véritable prison mentale, qui décrit avec une absence de concession amère que finalement, l'intégration s'avèrerait presque impossible. Que le passé, le poids des traumatismes, de l'identité et les traditions empêchent un peu plus encore de trouver un refuge et de fuir, ne serait-ce qu'un instant, la folie des hommes.
Remi Weekes, avec His House, décrit la réalité sociale et tout simplement humaine comme principaux ressorts du fantastique, en les confondant avec l'esprit meurtri de ses protagonistes, bien plus poursuivis par leurs choix, leurs secrets et leurs actions que par des entités maléfiques. La hantise, c'est leur (mauvaise) conscience dont les témoins se cachent derrière des murs que le couple de migrants n'a cessé d'ériger... Pour finalement les abattre.
Le tout illustré d'images parfois magiques, par exemple le temps d'un travelling arrière faisant lentement glisser dans la quatrième dimension, baignée d'une sorte de mysticisme obsédant. Tandis que le message politique ne sera jamais asséné. Volonté louable de privilégier le sensible, la sensation de traumatisme infini et irréparable pour susciter l'empathie et l'incarnation de l'exil. Sans jamais reculer devant les aspects les plus sombres de son sujet.
Cette maison est donc loin d'être uniquement la leur. C'est un peu la nôtre aussi.
Behind_the_Mask, ... Et qui ont dans leurs yeux, quelque chose qui fait mal ♫