Hitokiri est le sommet de l'édifice filmographique de GOSHA Hideo. Un monument rageur et sensitif qui finit de détruire à jamais le mythe du samouraï tel que les jidai geki d'antan s'évertuaient à le représenter. Chez GOSHA, comme chez KOBAYASHI Masaki, il y avait cette volonté de démystifier, voire détruire, l'image chevaleresque des samouraïs, ranger à jamais et hors cadre leurs comportements de paladins japonais, pour ne garder que l'Humain ; et tout ce que cela implique d'émotions fortes et contradictoires.
on assiste ici à une plongée vertigineuse dans la part noire d'une âme pour laquelle l'honneur, principe fondamental du bushido, est un concept lointain. Plus encore que dans Goyokin, où le héros était brisé en excuse de sa déchéance, Okada Izo n'a aucun passé traumatisant auquel se raccrocher. Il est lui, le rêveur pour qui le concept de samouraï n'est synonyme que d'ascension sociale. Okada Izo va servir, loyalement, et se délecter de son image dans le regard des autres et dans son ego grandissant. Il tuera, sans pitié, de façon brutale, haineuse et bestiale à l'aide d'un sabre.
Il y a pourtant quelque chose d'infiniment pitoyable chez Okada Izo, dans son comportement, ses rêves, et son statut. Il n'est qu'un chien de guerre, heureux de son sort misérable. Et c'est justement cela qui paradoxalement le rend si humain. N'ayant rien du comportement, de l'honneur, de la retenu, des samouraïs qu'il singe sabre à la main, Okada Izo s'exprime sans barrière et sans peur de rompre les conventions sociales. Il est lui, un humain splendide et perturbé, contradictoire et fidèle. Okada Izo ira même jusqu'à pleurer, émotion si humaine. Un des quatre plus grands et craints assassins (ou Hitokiri) de cette fin de la période Tokugawa se dévoile sous l'objectif de GOSHA comme un être pathétique et malgré tout attachant.
Une magnifique peinture de fin d'époque, un troublant portrait nihiliste. Un réel chef d'oeuvre, rugueux et désespéré.

nihoneiga
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le 28 mars 2011

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