Je ne savais pas que Raoul Coutard, formidable directeur photo, avait également réalisé quelques films. Hoa-Binh est un de ceux-là et c’est une grande découverte tant le film est magnifique. Coutard aborde un pan relativement peu filmé et abordé de la guerre du Vietnam : le côté vietnamien, mais pas ceux qui combattent, ceux qui ont subi l’horreur, ceux qui attendent que la guerre se termine et qui tentent de continuer à ‘vivre’.
Hoa-Binh possède beaucoup de points communs avec le chef d’œuvre déchirant de Isao Takahata, le Tombeau des lucioles, l’intrigue aborde uniquement le quotidien d’un jeune garçon et sa petite sœur. Son père part au combat, sa mère tombe gravement malade, il faut survivre. Le film est ainsi construit comme un conte initiatique, un drame de l’enfance absolument bouleversant par sa simplicité d’écriture, sa grâce, et sa façon délicate de filmer les personnages. Tous les gros plans sur le visage des enfants sont sublimes, le regard et le sourire du petit garçon poignants.
Terrible pour les événements qu’il décrit, le film n’est jamais plongé dans la noirceur, il est constamment lumineux, rempli d’espoir et débordant de vie. Si l’horreur est présente hors champ, éclatant par endroits à l’intérieur du cadre, elle est presque annihilée par le sentiment d’humanisme qui parcourt le film.
L’autre réussite est celle d’avoir intégré parfaitement la dimension documentaire du film à ce conte. Coutard filme le Vietnam, pas la jungle comme la plupart des films sur le sujet, lui s’attarde sur les villages, les campagnes, les rizières. Et parsemant son récit d’images étranges, parfois fantastiques, comme ce paquebot qui semblent flotter et avancer sur les rizières : mettant sur une même échelle la lourdeur et l’immensité du conflit et les frêles enfants qui marchent à côté.
Coutard a également repris l’idée très nouvelle vague de la postsynchronisation. Les acteurs parlent français, avec un ton et une voix très tranchés, artificiels et ajoutant à la beauté étrange et envoûtante du métrage.
Magnifique découverte.