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le 16 nov. 2024
SuivreComment faire le mort
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Au coeur d'une Ukraine envahie par les troupes russes en 2022, un jeune couple tente de survivre caché dans sa maison.
Honeymoon est le premier long-métrage de la réalisatrice ukrainienne Zhanna Ozirna. Avec un tout petit budget (200 000 euros), peu de personnages et une réalisation toute en simplicité, ce film propose un point de vue à échelle humaine sur la guerre, celle que vivent les populations civiles.
Le film s'ouvre sur des instants chéris de la douce vie d'un couple récemment installé dans son appartement. Olya (Ira Nirsha) et Taras (Roman Lutskyi) portent en eux les espoirs d'un futur leur ouvrant les bras. L'amour transparaît, le jeu de séduction entre eux est d'une tendresse à donner le sourire. En une simple séquence en plan fixe, Zhanna Ozirna dépeint l'amour et le désir avec subtilité et une pureté touchante.
On peut en dire de même de ce moment convivial entre amis autour de la table du salon.
Les conversations sont détendues, se chevauchent par moments et tournent autour des projets d'avenir, une exposition d'art dans laquelle Olya souhaite faire exposer ses oeuvres, quelques échanges sur la guerre récemment déclarée. La platine vinyle diffuse une musique agréable.
En faisant le choix d'ouvrir son récit de la sorte, la réalisatrice souligne la banalité d'un quotidien de bonheur sincère.
Les premières détonations se font entendre au loin. La guerre se rapproche. Nous perdrons alors cette musique et cette légèreté. On ne souhaite pas fuir. Pourquoi ? J'y reviendrai...
Olya et Taras, cernés chez eux par une armée russe encerclant les alentours, se retrouvent calfeutrés, cachés et plongés dans un silence de mort.
Le film, vide de toute bande originale devient alors une introspection purement sensitive. La vie est en sursis, le cadre détoure nos personnages dans des pièces petites et jouant sur la perspective pour les isoler, toujours davantage, allant jusqu'à donner l'impression qu'ils sont pris au piège dans le cadre d'un autre cadre. Ça fait froid dans le dos. Et le silence de ces scènes n'aide pas.
Petit à petit, en tant que spectateurs, nous finissons par accepter cet état de fait. Nos personnages chuchotent, la maison devient leur Tout. C'est une vie sans air, sans lumière sinon celle du jour et des écrans des téléphones, ces derniers se déchargeant au fur et à fur mesure, absence d'électricité oblige. Nous devenons attentifs au moindre petit bruit, même anodin.
Le sursaut nous guète lorsque nous entendons des détonations plus ou moins proches. Nous appréhendons, et comme notre couple de protagoniste nous devenons fou. Oui, voir Honeymoon c'est passer un moment tendu, tantôt doux, tantôt oppressant, devant un film qui ne nous tient pas par la main ni ne nous guide émotionnellement avec de la musique ou une mise en scène tape à l'oeil.
Revenons d'ailleurs à ces détonations fréquentes que nous entendons avec nos personnages tout le long du film. Leur irruption dans la salle de cinéma comme dans la maison d'Olya et Taras fracasse l'oreille et fait trembler les murs. Ces scènes nous offrent certains des plans les plus évocateurs. Zhanna Ozirna filme alors avec une grande intelligence différents objets: une plante dont les feuilles frémissent à cause de l'onde de choc, des livres, une icône religieuse... Tous ces objets, symboles de vie et de culture, caractérisent la maison et la rendent vivante mais surtout, ils sont là pour nous rappeler qu'ils ne sont pas que du matériel mais une extension de nos personnages. Ils portent en eux des souvenirs, des centres d'intérêt, une personnalité et une dimension affective certaine.
Non, quitter son domicile en temps de guerre n'est jamais facile même lorsque la vie en dépend, parce que le domicile est un prolongement de nous.
On comprend alors parfaitement Olya qui ne souhaitait pas laisser derrière elle ses oeuvres d'art.
La caméra de Ozirna prend le temps. Elle cadre en gros plans sur les mains de ce couple faisant ses cartons, enveloppant chaque objet dans du papier à bulles.
C'est simple et émouvant.
Le film est d'ailleurs porté par deux acteurs jouant à merveille ces états de sidération ainsi que ces rares moments de complicité dans lesquels sourires et sujets légers vont de pair avec folie, colère et élaboration de plans pour tenter de s'en sortir. De ce qui se passe à l'extérieur, nous n'en verrons jamais rien mais nous entendrons l'horreur, les cris, l'innommable se faufilant en écho à travers les murs.
Le monde tombe en ruine autour d'Olya et Taras. Leur maison tient le coup, tant bien que mal, à l'image de l'affiche du film dont les bords blancs, délimitant le couple enlacé, s'ouvrent en fissures menaçantes.
Il n'y a aucune issue, alors à la fin du film, il faut fuir. Vers quoi ? La vie, la mort, le mieux, le pire ? Nous ne saurons pas. Nous n'avons pas d'autre choix en tant que spectateurs que d'espérer et d'imaginer. C'est puissant et très vrai.
Honeymoon est une belle réussite et le cinéma a besoin d'images comme celles-là.
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Créée
le 4 nov. 2025
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