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Serpico aïkido
Un jour, nous serons tous contraints de reconnaître l’injustice avec laquelle nous avons jugé Steven Seagal. Spécialiste des rôles d’envergure dramatique, avec une prédisposition pour l’art de la...
le 18 juin 2025
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Un jour, nous serons tous contraints de reconnaître l’injustice avec laquelle nous avons jugé Steven Seagal. Spécialiste des rôles d’envergure dramatique, avec une prédisposition pour l’art de la tension sophocléenne, toujours partagé par un idéal de justice et une envie de latter la gueule de la petite vieille qui lui est passée devant sans s’excuser à la caisse, Seagal est le parangon de l’acteur mésestimé. Plus bavard qu’un Tom Hardy, plus expressif qu’un Ryan Gosling, le regard plus perçant qu’un Clint Eastwood, Seagal est un monument du cinéma dans la mesure où c’est certainement lui qui a enchainé le plus de navets.
53 daubes au total, que l’acteur aura su porter sur ses épaules et son ventre de plus en plus large à mesure qu’il dévorait successivement les réalisateurs de ses films. Autrefois d’allure longiligne, svelte et élégante dans sa façon de courir "like a girl" comme se moquaient ses détracteurs les plus misogynes (tapez "Seagal runs like a girl" sur youtube), la star d’Échec et mort est depuis devenu le sumotori officiel de l’oligarchie russe.
Mais revenons à ses films voulez-vous, ainsi qu’à la subtilité de son jeu d’acteur. Son célèbre froncement de sourcils et son remarquable non-jeu tant moqué par ses détracteurs découlent en fait d’un héritage, celui de toute une tradition martiale japonaise : l’intériorisation mentale. Les sumotoris et les pratiquants d’aïkido notamment utilisent cette technique d’expression marmoréenne pour afficher leur calme détermination. Ancien japonais d’adoption (spéclialiste d’aïkido, le gonze était enseignant dans un dojo), Seagal n’a fait qu’appliquer à son jeu de "comédien" cette simple technique de dissuasion martiale.
Question films, il n’y a en tout que trois films de l’acteur que l’on peut visionner sans risque de griller trois quarts de nos neurones : Piège en haute mer, un décalque maritime de Piège de cristal porté par la présence de Tommy Lee Jones en psychopathe bien gratiné, L’Ombre blanche, un mix entre le buddy movie à vannes et le psycho-killer movie façon Le Silence des jambons, et enfin Hors limites, une comédie d’action, produite par Joel Silver (qui voulait alors reproduire le succès de Roméo doit mourir), et dénonçant la corruption policière régnant à Detroit.
Porté par un casting de qualité mêlant les seconds couteaux les plus confirmés (Bruce McGill, Bill Duke, Michael Jay White et Jill Hennessy), aux acteurs de fond de poubelle (Tom Arnold, Anthony Anderson) et aux stars n’ayant jamais appris à jouer (feu DMX et Steven Seagal donc), Hors limites nous présente Orin Boyd (Seagal), un flic qui outrepasse sans arrêt ses fonctions en balançant des vices présidents du haut des ponts, en volant des camions de livreurs de glace en pleine fusillade et en explosant des hélicoptères avec son 9mm. Injustement muté dans le commissariat le plus craignos de Detroit, Orin va dès sa première mission se faire abattre par un gang de braqueurs dans un entrepôt désaffecté. Une méga-corporation décide alors de récupérer ses organes encore utiles (moitié de cerveau, oreille droite, coeur, colon, rectum et sphincter) pour le transformer en prototype de robot indestr... non merde, là je me goure... on est à Detroit mais c’est pas le même film.
Euh...
Reprenons voulez-vous ?
Orin est donc muté dans le commissariat le plus craignos de Detroit. De nature sociable, il a tôt fait de s’y faire des amis en jouant à qui tase qui (c’est tellement marrant de s’envoyer des décharges à 50 000 volts dans le bide entre collègues), tout en harcelant sexuellement sa supérieure (il lui dit dans le film avoir "quelque chose de consistant dans son pantalon") et en assistant à des réunions tardives de sociopathes anonymes se déroulant dans des classes de CE2. Découvrant que plusieurs de ses nouveaux collègues trempent dans un trafic louche de sucre Beghin Say, Orin suspecte par erreur Latrell (DMX dans son plus grand rôle), un mec pété de thunes, d’être un sucro-traficant. Mais Orin se gourre et, suite à un échange cordial de beignes (sur un morceau de Brian Eno piqué à Heat), découvre finalement que Latrell n’est en fait qu’un youtubeur justicier dont l’assistante, qui ne sert à rien dans le film, est jouée par Eva Mendes. Bien décidés à faire tomber les 90 % de flics corrompus de la police de Detroit, les deux hommes vont se coltiner tout un tas de paperasse afin de saisir la police des polices qui viendra finalement enquêter sur place six mois plus tard. Temps durant lequel les deux hommes auront été assassinés.
Comme vous pouvez le constater, Hors limites est un film à la Serpico mais avec des rappeurs qui font du karaté, des mecs qui traitent les femmes comme des p..tes (des potes), des capitaines de police aussi jolies que mauvaises conductrices, un Tom Arnold vantant les mérites de l’onanisme, et un mystérieux vilain big boss qu’on suspecte d’être trop cool pour être honnête dès son entrée en scène.
Les trois principales qualités du film se trouvent dans l’humour pince sans rire dont fait preuve Seagal (la scène du cassage de table), la présence de Jill Hennessy sans aucune Preuve à l’appui, et un combat final où Seagal se fait presque latter la gueule par le véritable expert en arts martiaux qu’est Michael Jay White (lequel, après avoir tourné avec les deux ennemis jurés Van Damme et Seagal, traitera Seagal de "simple comédien" comparé à Van Damme "qui le ménageait" durant leurs répétitions).
Il y a même un moment où Seagal (pour ne pas se faire voler sa grosse voiture) tabasse un gang de voleurs et fait une pirouette à câbles (doublée) au ralenti façon Jet Li, histoire de passer pour plus souple qu’il ne l’est, et de faire comme dans Roméo doit mourir, précédent navet du réalisateur Andrzej Bartkowiac (lequel reste porté disparu depuis des années).
Enfin, chose remarquable : Steven Seagal y donnait ici la réplique à un acteur encore moins expressif que lui, le regretté Bill Duke.
Bref, si l’on pouvait catégoriser le film, Hors limites serait un film borderline à la limite du regardable et du régurgitable. Seagal y trouvait un de ses meilleurs rôles, fermement décidé à prouver qu’il était encore bankable et oscarisable. Le film fut un échec commercial et obligea Seagal à faire de la télé-réalité (Steven Seagal : Lawman), puis une série policière de merde et une flopée de navets dtv tournés en Europe de l’Est. Une vingtaine d’accusations de harcèlement sexuel (il aurait touché la poitrine de Katherine Heigl, 26 ans de moins que lui, qui jouait sa fille dans Piège à grande vitesse) et des menaces du mafieux Peter Gotti (frère de John) le contraignèrent ensuite à déménager au froid chez son hôte et ami Vlad l’empaleur. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui Seagal parle couramment le russe.
Steven Seagal est donc non seulement hors limites, mais aussi hors juridiction.
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le 18 juin 2025
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