Au milieu de tous les films proposés par Arte, j’aurais sans doute passé mon chemin sans le nom de Jessica Hausner à la réalisation. J’avais découvert la cinéaste à Cannes en 2019 avec Little Joe, qui avait remporté le Prix d’interprétation cette année-là. La réalisatrice est d’ailleurs une habituée du festival puisque tous ses longs métrages y ont été sélectionné, à l’exception de Lourdes en 2009, qui avait reçu le Prix Fipresci à la Mostra de Venise. Hôtel, lui, était en sélection Un Certain Regard lors de l’édition 2004.
Cette régularité en festivals, ainsi que son genre « drame horrifique » laissaient présager un intéressant moment de cinéma. Malheureusement, malgré sa courte durée d’1h16, ce deuxième long métrage de Jessica Hausner m’a laissé un petit goût d’inachevé.
Hôtel est clairement un film d’ambiance. On suit Irène, une jeune blonde filiforme, cheveux tirés en arrière et lunettes sévères, qui débute comme réceptionniste dans un hôtel froid des Alpes autrichiennes. L’atmosphère y est pesante – on pense bien sûr au Shining de Kubrick –, presque étouffante. Rapidement, Irène se rend compte que sa prédécesseur a disparu dans des circonstances troublantes et inexpliquées. Un certain malaise pèse d’ailleurs au sein de ses nouveaux collègues, plutôt patibulaires. Les non-dits (voire l’hostilité) qui entourent son arrivée lui font craindre un danger. Elle se sent à la fois menacée, mais aussi curieusement attirée par une sombre grotte, destination de randonneurs dans la région.
L’hôtel anormalement silencieux, les couloirs sombres aux minuteries timées, ainsi que les inexplicables disparitions d’objets donnent au film un caractère angoissant plutôt réussi. C’est d’ailleurs la grande force du long métrage : oppresser son spectateur par un style minimaliste et épuré.
Ma petite déception vient plutôt du côté du scénario. Avec un tel potentiel cinématographique (notamment les sous-sols de l’hôtel et les forêts de pins entourant ce lieu reculé), l’intrigue reste bien trop sage et m’a donné la désagréable impression de n’être qu’une longue introduction à une suite que l’on ne verra jamais. Car le film se termine en eau de boudin alors que les choses sérieuses commencent tout juste. C’est dans le dossier de presse du film que l’on trouve des éléments de réponse. Jessica Hausner y indique que « A l'origine, le projet remonte à une idée de court métrage que j'avais eue il y a longtemps ». Et voilà. Bien souvent les idées de courts métrages sont mieux traitées… en court métrage.
Tout le film repose ses les épaules de son actrice principale, Franziska Weisz (actrice repérée grâce à Dog days, un autre film autrichien réalisé par Ulrich Seidl), qui s’en sort plutôt bien. Avec peu de dialogues, la jeune femme possède incontestablement une présence.
Je vois Hôtel davantage comme un exercice de mise en scène – un huis clos low budget qui expérimente les ficelles de l’angoisse – que comme un film totalement abouti. Les scènes dans la forêt font par exemple référence à Sueurs froides d’Hitchcock (notamment la scène entre James Stewart et Kim Novak dans les bois) et les influences à l’horreur ou au genre sont nombreuses. C’est pas désagréable, mais le film apparaît un peu vain.