Humint
6.4
Humint

Film de Ryoo Seung-Wan (2026)

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Un thriller géopolitique qui cache sous son manteau d’espion la fragilité de l’humain.

Avec Humint, le réalisateur sud-coréen Ryoo Seung-wan poursuit sa fascination pour les zones grises de la géopolitique après The Berlin File et Escape from Mogadishu.

Situé à Vladivostok, le film met aux prises agents nord-coréens et sud-coréens autour d’une source humaine, une simple employée de restaurant devenue enjeu stratégique.

Derrière son apparence de thriller d’action, Humint révèle pourtant une méditation plus profonde sur la méfiance, le pouvoir et l’instrumentalisation des individus par les États.  

Le premier concept philosophique qui s’impose est celui de l’« état de nature » chez Thomas Hobbes. Dans le Leviathan, Hobbes imagine un monde où chacun vit dans la crainte permanente de chacun. La célèbre formule bellum omnium contra omnes (« la guerre de tous contre tous ») pourrait servir de sous-titre à Humint.

Personne ne fait confiance à personne. Les Sud-Coréens surveillent les Nord-Coréens, les Nord-Coréens surveillent leurs propres compatriotes, les mafias russes surveillent les deux camps, et les sources humaines découvrent qu’elles ne sont souvent que des pions jetables. Le renseignement humain, censé reposer sur les relations personnelles, devient paradoxalement une machine industrielle à fabriquer de la suspicion.  Ryoo Seung-wan semble nous rappeler une vérité hobbesienne : lorsque la sécurité devient l’objectif suprême, l’humanité devient rapidement une variable d’ajustement.

On pourrait croire que l’espionnage relève naturellement de Jeremy Bentham et de son Panoptique. Pourtant, Humint est plus proche de Michel Foucault.

Chez Foucault, le pouvoir n’est pas seulement centralisé : il circule partout. Chacun surveille chacun. Chacun devient à son tour surveillant et surveillé.

Dans Humint, les agents cherchent des informations mais sont eux-mêmes prisonniers d’un système qui les dépasse. Les services secrets ressemblent à ces bureaucraties modernes que Foucault affectionnait tant : elles prétendent protéger les individus tout en les transformant en dossiers, en profils psychologiques ou en actifs opérationnels.

L’ironie est délicieuse : plus les personnages accumulent de renseignements, moins ils semblent comprendre le monde dans lequel ils vivent.

Le personnage de Chae Seon-hwa, source humaine convoitée par plusieurs camps, constitue le véritable cœur philosophique du film. Elle pose une question typiquement kantienne : peut-on utiliser un être humain comme un simple moyen ?

Pour Immanuel Kant, la réponse est non. Un être humain doit toujours être considéré comme une fin en soi.Or, dans Humint, tout le monde fait exactement l’inverse.

Les États recrutent, manipulent, protègent puis abandonnent selon les nécessités stratégiques du moment. La morale kantienne se retrouve ainsi confrontée à la logique glaciale de la raison d’État. Le film montre avec une certaine amertume que les gouvernements adorent les principes éthiques… à condition qu’ils ne gênent pas une opération en cours.

Sous ses scènes d’action spectaculaires le film s’intéresse davantage aux choix humains qu’aux fusillades elles-mêmes.  C’est là qu’apparaît l’ombre de Jean-Paul Sartre.

Les personnages de Humint sont constamment confrontés à des choix impossibles. Ils ne contrôlent ni les circonstances ni les structures politiques qui les entourent. Pourtant, ils demeurent responsables de leurs décisions.

Sartre écrivait que l’homme est « condamné à être libre ». Les héros de Ryoo Seung-wan semblent surtout condamnés à choisir entre plusieurs catastrophes.

Une nuance coréenne particulièrement élégante.

Humint fonctionne moins comme un film d’espionnage classique que comme une réflexion philosophique sur la confiance impossible. Là où John le Carré disséquait les mensonges des nations, Ryoo Seung-wan explore les dégâts humains produits par la logique du renseignement.

Certes, le scénario souffre parfois d’un excès de mélodrame et certaines séquences d’action flirtent avec l’invraisemblance, mais cette imperfection participe presque au propos : dans l’univers de Humint, tout le monde prétend agir rationnellement tandis que passions, désirs, amour, vengeance et peur gouvernent secrètement les événements.

Hobbes imaginait que l’État devait nous sauver de la guerre de tous contre tous. Ryoo Seung-wan semble suggérer avec une ironie mordante que les États modernes ont trouvé une solution plus simple : transformer la guerre de tous contre tous en procédure administrative.

Une idée qui aurait probablement fait sourire Foucault. Et inquiété tout le reste du monde.

Cine-Sophia
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le 21 juin 2026

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Avec Ryoo Seung-Wan, c'est toujours l'assurance d'avoir des bonnes scènes d'action. Surtout, il repousse encore plus loin dans ce film le concept d'utiliser un flingue sans tirer un seul coup de feu.

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