Note personnelle : 5/10
Il y a des films qu’on regarde avec l’envie d’y croire, et Hunky Dory en fait partie. Sur le papier, tout semble réuni : une prof passionnée, une bande de lycéens turbulents, un été gallois ensoleillé, et une bande-son pop-rock qui fleure bon les seventies. Le tout emballé dans un projet artistique atypique : monter une version musicale de La Tempête de Shakespeare, sur des titres de David Bowie et autres monuments du glam. Une promesse séduisante, presque irrésistible pour qui aime les récits de transmission et les coming-of-age teintés de musique.
Mais malgré cette belle énergie initiale, Hunky Dory peine à tenir ses promesses. C’est un film qui veut beaucoup dire, mais qui semble s’égarer en chemin.
L’un des problèmes majeurs réside dans la construction du récit. Le film adopte un rythme relâché, presque paresseux, qui finit par desservir l’intensité dramatique. On navigue d’une scène à l’autre sans véritable tension, ni direction claire. Il y a bien des conflits esquissés — tensions avec la direction de l’école, rivalités entre élèves, enjeux familiaux — mais aucun ne trouve de véritable résolution ou de développement satisfaisant.
Tout semble rester à l’état d’ébauche. Les personnages secondaires apparaissent, lancent une idée, puis disparaissent sans qu’on comprenne vraiment ce qu’ils ont apporté à l’ensemble. Cette dispersion fragilise l’impact émotionnel : on ne s’attache jamais tout à fait à eux, car le film ne leur laisse pas assez d’espace pour exister pleinement.
S’il y a un point sur lequel Hunky Dory brille vraiment, c’est sa bande-son. Les reprises de Bowie, Nick Drake ou encore The Beach Boys insufflent une énergie indéniable à certaines séquences. Les choix musicaux sont pertinents, souvent justes sur le plan émotionnel, et confèrent une ambiance solaire et euphorique à l’ensemble.
Mais cette richesse musicale finit par se retourner contre le film. À force de multiplier les morceaux, souvent sur des montages rapides ou des scènes anecdotiques, la musique devient un cache-misère — elle comble les vides narratifs, au lieu de les accompagner. Le film semble parfois se reposer sur elle pour créer de l’émotion, là où une écriture plus rigoureuse aurait suffi.
Minnie Driver, dans le rôle de Vivienne, incarne avec conviction cette professeure idéaliste qui croit au pouvoir transformateur de l’art. Elle donne au personnage une belle humanité, une tendresse crédible, sans tomber dans la caricature du mentor excentrique. Son engagement est tangible, et c’est grâce à elle que le film garde un semblant de cohérence.
Le problème, c’est que le reste du casting — essentiellement des adolescents — n’est pas à la hauteur. Moins à cause de leur talent que de l’écriture qui les sous-exploite. Peu de personnages sont développés au-delà d’un trait de caractère : le rebelle, le timide, la rêveuse, le dragueur… Sans trajectoire claire, sans évolution marquée, ils peinent à susciter de l’intérêt, et encore moins de l’empathie.
Ce qui sauve Hunky Dory de l’échec complet, c’est sa sincérité. On sent une vraie tendresse dans la mise en scène, une affection pour ces jeunes désorientés, et pour cette époque où tout semblait encore possible. Le film respire l’envie de croire en la beauté de l’éducation artistique et à l’éveil par la création. Mais cette sincérité ne suffit pas à masquer ses nombreuses failles.
Au final, Hunky Dory ressemble à un spectacle scolaire : enthousiaste, sincère, mais maladroit. Il touche parfois juste, souvent à la faveur d’une chanson ou d’un regard bien capté, mais il n’atteint jamais pleinement son objectif. C’est un film qui a du cœur, mais qui manque d’ossature. On le regarde avec une forme d’indulgence, mais aussi une frustration certaine. Parce qu’il aurait pu — et dû — être bien plus que ce qu’il est.