Après Saltburn et Promising Young Woman, Emerald Fennell nous livre son interprétation nocturne et sensuelle du célèbre roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, en y ajoutant une ADN thriller-pop, une esthétique foisonnante et des personnages tourmentés.
Préparez-vous à ressentir des frissons en plongeant dans la lande brumeuse du roman aux côtés de Catherine (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi). Emerald Fennell revisite le célèbre roman pour lui donner un souffle sulfureux. Si la relation des deux personnages principaux est platonique dans le roman, elle ne l’est pas dans le film. Fennell livre son interprétation du classique brontësien en la sublimant d’une esthétique viscérale, sensuelle, et baroque… mais ce film est-il vraiment le nouveau Romeo + Juliette de notre génération ?
Je t’aime, moi non plus !
A l’ère du succès de la Dark romance et des séries Netflix sulfureuses (Les Chroniques de Bridgerton, Sex Education), Fennell rassemble les ingrédients de la romance contemporaine pour satisfaire un jeune public à la recherche de sensations fortes. En quelques extraits des scènes les plus explicites, la promotion du film est un succès sur les réseaux. Les images déferlent sur TikTok et Youtube. L’affiche du film devient un objet décoratif à part entière et fait écho à un classique de la romance, Autant emporte le vent. Cette nouvelle génération de spectateurs (souvent des spectatrices) est vorace, affamée d’histoires de relations impossibles et de personnages ambivalents qui se déchirent.
Qui n’a jamais été fan du couple mythique Chuck/Blair dans Gossip girl ? De la même façon, Cathy et Heathcliff se provoquent, se défient, se détestent ouvertement devant les autres, mais s’aiment en secret… pour notre plus grand divertissement. C’est leur entourage, les Linton, qui en pâtissent. Ils sont les pions sur l’échiquier de leur amour contrarié. Catherine et Heathcliff punissent les autres, à défaut de se punir eux-mêmes. Pourtant, ils sont les seuls responsables de leur échec amoureux. C’est l’essence même de la Dark romance, qui explore l’amour lorsqu’il cesse d’être un idéal pour devenir une épreuve.
Pour renforcer son propos, Fennell n’hésite pas à traiter exclusivement la première partie du roman, ignorant celle sur les enfants de Catherine et Heathcliff. C’est peut-être en cet aspect que réside le point faible de l’adaptation. La réalisatrice oblitère la malédiction générationnelle qui irrigue l’œuvre d’Emily Brontë. Néanmoins, elle assume ce choix artistique, et revendique que le film ne plaira pas à tout le monde. Là où Fennell compare Hurlevent à Romeo et Juliette, le film fait plutôt écho à une passion prédatrice, obsessionnelle et hautement contemporaine, dans la veine de Match Point, voire de 50 Nuances de Grey. On est bien loin de l’amour puritain version Luhrmann où Juliette porte ses ailes d’ange et Romeo son armure de chevalier. Catherine vit un amour incarné : elle ne craint pas de déclarer sa flamme à Heathcliff et elle le montre “again and again”.
Critique d'Ophélie à lire sur https://cineverse.fr/hurlevent-emerald-fennell-critique-avis-jacob-elordi-margot-robbie/