Hurlevent
5
Hurlevent

Film de Emerald Fennell (2026)

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

  • ​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel : cette version 2025 est une trahison esthétique qui oublie l'essence même du roman pour ne privilégier qu’une surface lisse et "Instagrammable".

Une réalisation qui fuit la peur

  • ​Le premier échec, et sans doute le plus regrettable, réside dans l’incapacité totale de la réalisation à instaurer une atmosphère de peur. Là où l’œuvre originale puise sa force dans l’ombre, la boue et une oppression gothique quasi-étouffante, Fennell nous livre une image saturée de lumières dorées. Ce choix de mise en scène évacue tout sentiment de danger. Le surnaturel est ici traité avec une désinvolture déconcertante : même la séquence mythique du fantôme à la fenêtre tombe à plat, faute d’une gestion du suspense. Le film ne parvient jamais à faire frissonner, transformant un cauchemar passionnel en une banale balade bucolique.

Un vide social et humain

  • ​Au-delà de cette esthétique de papier glacé, c'est le manque de densité humaine qui frappe. Le récit semble se dérouler dans un étrange désert social. Le film occulte quasi-totalement le "peuple", les domestiques, les travailleurs de la terre et la rumeur villageoise qui constitue pourtant le moteur de la tragédie de Heathcliff. Sans ce relief humain et cet ancrage dans la rudesse de l'époque, les protagonistes flottent dans un vide artificiel. Catherine et Heathcliff ne sont plus les victimes d'un système ; ils deviennent les figures désincarnées d'un décor de luxe déconnecté de toute réalité.

Un casting en manque de sauvagerie

  • ​Le duo porté par Margot Robbie et Jacob Elordi illustre parfaitement ce décalage. Si leur talent n'est pas en cause, leur direction d'acteurs les cantonne à une posture trop apprêtée. Elordi incarne un Heathcliff dépourvu de toute menace physique ou de cette fureur animale indispensable au personnage. Tout est trop poli, trop maîtrisé, jusque dans une bande-son décalée qui cherche la modernité au détriment de la tension dramatique.

En conclusion

  • Cette adaptation est une coquille vide. En sacrifiant la peur, la noirceur et l'incarnation sociale au profit d'un style purement cosmétique, la réalisation livre une œuvre émotionnellement stérile. Un film qui a peur de se salir les mains et qui, in fine, ne laisse qu'un profond sentiment d'inachevé en quittant la salle.
DirtyVal
3
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les films les plus attendus de 2026 et Les films vus ou revus en 2026

Créée

le 13 févr. 2026

Critique lue 1.8K fois

DirtyVal

Écrit par

Critique lue 1.8K fois

37
13

D'autres avis sur Hurlevent

Hurlevent

Hurlevent

3

DirtyVal

1169 critiques

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel :...

le 13 févr. 2026

Hurlevent

Hurlevent

8

RemyLL

213 critiques

Très bon

L’adaptation assez libre du si célèbre livre « Les Hauts de Hurlevent » d’Emilie Bronte est brillante. Bien sûr, les puristes diront que le livre n’est pas respecté à la lettre, mais il faut bien...

le 10 févr. 2026

Hurlevent

Hurlevent

8

CineVerse

242 critiques

La Dark romance ultime ?

Après Saltburn et Promising Young Woman, Emerald Fennell nous livre son interprétation nocturne et sensuelle du célèbre roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, en y ajoutant une ADN...

le 5 févr. 2026

Du même critique

Stranger Things

Stranger Things

6

DirtyVal

1169 critiques

De l'âge d'or au naufrage, la fin d'un mythe sans courage.

J'attribue finalement un 6/10. Cette note reflète l'excellence de ses débuts, que j'ai adorés, et la difficulté qu'elle a eue à maintenir cette qualité au fil des années. C'est une série culte, mais...

le 1 janv. 2026

A House of Dynamite

A House of Dynamite

1

DirtyVal

1169 critiques

Un Gâchis Dégoupillé : Le thriller sans fin qui tourne en rond et nous prend pour des idiots.

A House of Dynamite, malgré les attentes placées dans sa réalisatrice Kathryn Bigelow, est un échec retentissant. Sous l'emballage d'un thriller urgent sur la crise nucléaire, ce film est une œuvre...

le 26 oct. 2025

Hurlevent

Hurlevent

3

DirtyVal

1169 critiques

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel :...

le 13 févr. 2026