Réalisation : Emerald Fennell
D’après le roman Haut et Hurlevent de Emily Brontë
Vu le 11 février 2025
Note : 14/20
Adapter Haut et Hurlevent relève presque de l’inconscience tant le roman d’Emily Brontë constitue, pour beaucoup, un monument littéraire et une définition absolue de l’amour tragique. Il s’agit, à mes yeux, de l’une des plus belles histoires d’amour jamais écrites. Toute adaptation se confronte donc à une attente immense, presque impossible à satisfaire.
Emerald Fennell propose ici une relecture élégante, passionnée, mais inévitablement contrainte par le format cinématographique. L’histoire est globalement respectée, les grands axes narratifs sont présents, et les figures centrales conservent leur puissance symbolique. Pourtant, le récit paraît parfois expédié face à la richesse psychologique et à la complexité structurelle du roman. Peut-on réellement condenser une œuvre aussi dense sans en altérer la profondeur ? C’est sans doute le défi, et le piège, de toute adaptation littéraire ambitieuse.
Jacob Elordi trouve ici l’un de ses rôles les plus justes. Il compose un Heathcliff habité, intense sans excès, sombre sans caricature. Son interprétation est maîtrisée, contenue, et parvient à transmettre la violence intérieure du personnage avec une vraie précision. Margot Robbie, de son côté, incarne une Catherine magnétique, parfois traversée par de légères irrégularités de justesse, mais globalement fidèle à la fougue et à l’instabilité émotionnelle du personnage.
Ensemble, ils donnent corps à cette relation toxique et viscérale qui constitue le cœur du récit.
Visuellement, le film est somptueux. La photographie signée Linus Sandgren élève l’ensemble. Les séquences d’intérieur sont particulièrement remarquables, baignées d’une lumière travaillée, presque picturale. Les costumes, notamment les robes colorées de Catherine, deviennent de véritables éléments narratifs, renforçant sa présence à l’écran et son intensité dramatique.
La bande originale, en revanche, constitue le principal point de rupture. La tentative de modernisation musicale, dans une veine rappelant certains choix de Gatsby, apparaît ici comme un pari manqué. Ce décalage sonore perturbe l’immersion et affaiblit l’authenticité émotionnelle que le film cherche pourtant à installer.
Hurlevent aurait pu prétendre au chef-d’œuvre tant son matériau d’origine est puissant et tant certains choix artistiques sont inspirés. Il restera finalement un très beau film, élégant, porté par des interprètes solides et une image sublime, mais qui n’atteint pas toute la démesure tragique et la profondeur du roman dont il est issu. Un film qui se regarde avec plaisir, mais qui laisse entrevoir ce qu’il aurait pu être.