... according to your ideas instead of theirs.You'll destroy yourself."
La notion de "Mers du sud" était vraiment un registre cinématographique à part entière, sous la dénomination du "South Seas genre" s'étendant jusqu'en littérature, et qui atteignit son apogée au cinéma dans les années 1920-1930. On peut notamment garder en tête les contributions de Flaherty et de Murnau au genre, avec des films comme "Moana" (1926), "Ombres blanches dans les mers du sud" (1928), ou encore "Tabou" (1931), auxquels vient donc s'ajouter ce "Hurricane" de John Ford, sorti à la fin de la décennie, et reprenant le même cadre exotique d'une petite île de Polynésie pour circonscrire son récit d'aventures et son portrait romantique.
Deux univers se rencontrent, celui de Ford avec son style, ses personnages caractéristiques, sa vision morale, ses lubies et ses clichés, et celui des îles paradisiaques avec ces décors irremplaçables parmi lesquels figurent ceux de Bora Bora et Tahiti (pour les plus célèbres). Il en résulte un cocktail étonnant, quelque peu déstabilisant en ce qui me concerne — étant donné mon rapport assez différent à l'un et à l'autre. Sur le plan du scénario, il me semble que les habitudes du cinéaste états-unien, avec ses personnages et ses valeurs relativement explicites sur le plan moral, se mêlent plutôt harmonieusement aux décors locaux et aux allures de conte que les péripéties des deux protagonistes revêtent. Marama et Terangi, Dorothy Lamour et Jon Hall (on est donc loin de la démarche d'un Flaherty qui faisait jouer les locaux), la belle vahiné et le beau marin, et surtout leur amour pur rendu impossible par le gouverneur français acariâtre et autoritaire qui enverra l'homme en prison pour avoir frappé un officier. Et Ford de nous gratifier de quelques lignes de dialogues complètement bicéphales dont il a le secret, à la fois pertinente sur certains aspects et totalement paternalisto-coloniales sur d'autres : "You'll do something to yourself if you govern these somewhat childish people according to your ideas instead of theirs. You'll destroy yourself." — c'est le prêtre qui s'adresse au gouverneur.
D'un côté le conte moral dénonçant la justice aveugle et trop implacable, de l'autre la chronique exotique du bonheur de ces gens simples. D'un côté la succession de personnages-vignettes (le prêtre catholique bienveillant et détenteur de la bonne morale du film, le gouverneur amer qui se rappellera qu'il a un cœur à la toute fin, le gardien de prison sadique et tortionnaire — très bon John Carradine au demeurant), de l'autre la résolution expéditive (la tornade éponyme qui balayera violemment toute la région, comme la manifestation d’une justice divine).