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Black voices father
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le 18 nov. 2020
Très souvent, la force d'un documentaire mais tout simplement celui d'un film qui cherche à documenter l'Histoire, c'est de réussir à faire constater, sèchement et froidement, que le passé n'existe pas, et que tout est en mouvement perpétuel. La force du film de Raoul Peck, en plus d'être percutant dans sa façon d'aborder la ségrégation raciale, c'est de faire non pas un documentaire d'archivage pour conter des événements douloureux désormais révolus, mais bien d'ancrer les derniers écrits sublimes de James Baldwin dans une actualité qui fait froid dans le dos. Comme si rien ne changeait ou pire, ne faisait qu'empirer.
Le film frappe déjà par son rythme incessant et ses ruptures de ton, entre des photos et vidéos animées par un blues électrique, et des extraits froids de discours de Baldwin à la télévision, ou bien encore de Luther King et Malcom X. Ces changements très contrastés dans le rythme donnent une sensation de vitesse mais aussi d'énergie au sein des luttes et de ces violences. Le film ne cherche aucunement à faire dans le descriptif, mais montre une réalité violente et glaciale, tout en montrant les contradictions au sein même de la lutte antiraciste (on sent ici le marxisme de Raoul Peck) entre les propositions qui diffèrent sur comment faire face à la violence blanche. Pas de documentation des évènements, mais une voix latente qui conte les derniers écrits de l'écrivain, qui tente de prendre du recul sur ce qu'il a pu voir et découvrir en tant qu'afro américain né aux Etats-Unis. Comment la réalité de la violence raciste s'ancrait dans son quotidien. Pas forcément par une haine viscérale des institutions, mais par les réglementations et les lois qui rappellent en permanence qu'il est noir et en sous entendant qu'il n'est pas le bienvenu. Le documentaire permet de montrer frontalement les conséquences de cette violence systémique, où quiconque souhaite l'affronter fait alors face à une suprématie raciale de plein fouet, par les citoyens blancs mais aussi évidemment pas la violence de la police. Les images que montrent Raoul Peck sont immondes dans leur injustice et dans ce qu'elles dégagent comme fatalité pour les afros américains, comme si il étaient piégés dans une spirale impossible à arrêter. Et il arrive parfaitement à ancrer tout ça dans une actualité qui n'a pas tellement changé depuis.
Ce que j'ai aussi beaucoup aimé, c'est comment la figure noire a été fortement utilisée pour user de stéréotypes dans le cinéma de l'époque. Il y a dans le documentaire beaucoup d'extraits de films pour illustrer comment un mythe, des clichés, des apriori, ont eu un succès retentissant dans le cinéma populaire, à tel point que chaque personnage noir avait son propre stéréotype. Ca pouvait aller de la figure du sauvage qui kidnappe et viole les jeunes femmes blanches, mais aussi son hypersexualisation, à l'image de Sidney Poitier, acteur noir adoré de l'industrie pour sa beauté mise en valeur dans beaucoup de films, à tel point qu'il finissait par être considéré comme un traître pour la lutte antiraciste. Le cinéma a fabriqué les stéréotypes dont souffrent encore aujourd'hui les afros américains dans la culture dite "populaire" mais particulièrement blanche et européiste. Qu'il s'agisse des blagues sur leur physique, et de nouveau leur façon de mettre en avant une beauté ultra sexualisée. L'industrie cinématographique américaine fait partie intégrante de cette violence raciste latente, qui n'a cessé de prendre de nouvelles formes dans l'Histoire, et le documentaire de Raoul Peck arrive magnifiquement bien à jongler entre les extraits pour le démontrer, tout en essayant parfois de faire découvrir des œuvres mettant en avant des personnages noirs plus complexes, portés par des mouvements cinématographiques souhaitant montrer le réel de leurs souffrances. C'est une vraie lecture d'une esthétique qui est remise en question, où l'on peut voir d'un autre œil des films pourtant mondialement reconnus comme de grands films d'aventure, à l'instar de beaucoup de westerns mettant déjà en avant un narratif raciste normalisé.
Si I Am Not Your N**** est si puissant dans sa façon de documenter cette ségrégation raciale, c'est parce qu'elle est aussi très actuelle, et que les écrits de Baldwin sur le sujet sont criants de réalité et nourrissent parfaitement ces archives qui n'en sont pas vraiment. S'éloignant d'une forme très standardisée habituellement de ce type de documentaire, Raoul Peck parvient à élevé le sien en assumant parfaitement son parti pris militant et en cherchant profondément dans les pensées de l'écrivain, le sens de ce qu'il a cherché à vouloir écrire dans son texte qui restera à jamais inachevé. Ainsi, la "bonne distance", souvent considérée comme "neutre" dans un documentaire lambda, disparaît. Et laisse place à une actualité frappante et un sens du montage qui redonne vie à Baldwin mais aussi aux autres figures de la lutte pour les droits civiques des Afros américains, justement en les réactualisant. Tout comme les films qu'il choisit de montrer et de garder dans son montage, pour rappeler que l'Histoire du cinéma aussi, n'est pas du passé. C'est un film brillant, qui prend à la gorge.
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le 20 mai 2025
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