J’ai poussé la porte de la salle de ciné en ne m'attendant à rien, et presque uniquement pour Raphaël Quenard. Pourtant, je suis restée pour bien d'autres raisons.
Rapidement, on comprend que ce n’est pas un film classique : c'est presque du vlog ou une sorte de mockumentaire, avec une narration complètement fictionnelle. Et c'est justement ce format qui, pour moi, en fait quelque chose de militant. Il revendique l’idée qu’un film peut être spontané, imparfait, provocateur, sans plaire à tout le monde. Et pourtant, il a trouvé sa place à Cannes, et c’est juste jubilatoire d’imaginer tous ces quarantenaires cinéphiles s’étouffer en voyant le trou de b*lle de Quenard.
D'ailleurs, le duo Quenard‑David, c’est le summum de la connivence. On rit, on grimace, on est parfois choqué. La limite est franchie avec des vannes pipi‑caca‑cul, entre des blagues sur le viol et la pédophilie… Oui, c’est crade, mais c’est voulu : le film te crie à la figure, et sans aucune subtilité, qu'il veut crever le ventre mou des "bien‑pensants".
Quenard souvent médiatisé comme une sorte de "looser magnifique", est ici l’incarnation de l’ego-trip volontairement surdimensionné, sans filtre ni paillettes. Il se met en scène en acteur imbu de lui-même : vantard, radin, incapable de lâcher son ego. Il est agaçant, parfois insupportable, mais jamais caricatural . Et je suis intimement persuadée que très peu d'acteurs seraient capables de faire preuve d'autant d'auto-dérision et de se tourner au ridicule à ce point, prêt à être détesté par le plus grand nombre.
Bien sûr, qui dit séquence brute dit parfois longueurs (notamment la seconde moitié qui traîne un peu). Et si tu n’es pas fan du style improvisé, tu décroches vite. Mais si, comme moi, t’adores quand un film renverse les règles et te traite avec impertinence, tu vas adorer l’esprit potache, spontané, et un peu mégalo de "I Love Peru".
C'est ce même genre de films qui me fait dire en sortant "Pourquoi pas ?". Ce même genre de films qui ne me marquera sûrement pas sur le long terme, mais qui va m'accompagner pour les quelques prochains jours. Et ça fait du bien.
Ce 7 il est pour son culot, son pied de nez bien envoyé dans l'institution cannoise, qui m'a fait poser mon cerveau pendant une petite heure de ma journée, au même stade qu'une vidéo YouTube produite, mais en partageant les émotions d'une salle bien remplie en prime.