Critique du docu de Quenard façon Quenard

Depuis Chien de la casse, où il a claqué un César bien mérité, le bonhomme s’impose comme une tornade dans un cinéma français souvent trop poli, trop lisse, trop tiède. Lui, il débarque avec son bagout mitraillette, sa gouaille de titi postmoderne et ce charme débraillé qui te fait éclater de rire en plein désarroi existentiel. Un mec drôle, furieusement intelligent, qui sent le vécu et le bitume. Et surtout, un acteur caméléon qui te dégaine en deux ans une filmo plus variée qu’un buffet à volonté : le grand frère ténébreux dans Les Trois Fantastiques (2024), le maboul génial dans Yannick (2023), et ce frère brisé, presque tabou, dans Je verrai toujours vos visages (2023). Y’a pas à dire : le mec t’enlace avec du velours et t’assomme avec du plomb.


Mais voilà qu’il change encore de registre, le bougre. Après son roman aux allures de monologue slamé – Clamser à Tataouine – il revient par la grande porte de Cannes avec un ovni documentaire : I Love Peru. Un projet bricolé sur plusieurs années, capté au fil de ses tournages, de ses errances, de sa montée en flèche. Et surtout, monté comme une bulle de savon qui flotte entre l’égotrip et la méditation de comptoir.


Le film, qui ne dépasse pas 1h10 au compteur, peut se découper en deux temps : d’abord une trentaine de minutes où Quenard est partout, filmé comme un cobaye volontaire dans une téléréalité d’auteur. On le voit sur ses premiers plateaux, au kebab, sur la cuvette… toujours avec ce sens de la punchline millimétrée, cette lucidité goguenarde qui fait mouche. On pense à Manoukian sous acide, version rap rural. Ça part dans tous les sens mais c’est souvent brillant, toujours sincère. On sent que le gars a un truc, une singularité rare, une forme d’évidence.


Mais I Love Peru, faut le dire, va diviser. Parce que derrière le rire, y’en a qui vont grincer des dents. Certains y verront une auto-célébration un brin gênante, un nombrilisme arty trop content de lui-même. Et pourtant : le film ne parle pas vraiment de Quenard. Ou du moins, pas de ce qu’il ressent. Il parle beaucoup – trop, diront certains – mais il s’efface dès qu’il s’agit d’émotion brute. Ce n’est pas un miroir tendu au public, c’est une conversation entre potes, filmée, montée, distordue, mais pas truquée. Et là où le film touche juste, c’est dans ses à-côtés : la célébrité qui vous tombe dessus comme un chien fou, les coulisses d’une affaire bidon (notamment cette fausse liste d’agresseurs de Cannes où son nom a circulé), et tout ce que le grand public ne voit jamais.


Au final, I Love Peru est un drôle d’objet. Un machin hybride, mi-dada, mi-dévotion, porté par les divagations mi-philo mi-foufou d’un acteur qu’on n’a pas fini de voir partout. Ça plane, ça tangue, ça part dans tous les sens… mais c’est souvent touchant, parfois brillant, et surtout d’une sincérité désarmante. Le film ne révolutionne rien, mais il existe comme une parenthèse fragile, un rire un peu triste dans un monde trop sérieux.

Créée

le 11 juil. 2025

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